Faites entrer l’accusée

Faites entrer l’accusée

Le 20 novembre à Draguignan, la Cie Hercub’ transforme le public en jury avec Terreur, un procès-fiction qui place les spectateurs face à un dilemme moral et juridique : peut-on sacrifier quelques vies pour en sauver des milliers ?

Le scénario s’inspire d’une situation fictive imaginée par l’auteur allemand Ferdinand von Schirach, connu pour ses récits nourris de son expérience d’avocat pénaliste. Le 26 février 2020, à 20h21, un avion transportant 164 personnes est détourné et menace de s’écraser sur le stade de foot de Munich, où 70 000 spectateurs assistent à un match. La pilote Laura Koch reçoit l’ordre de ne pas tirer, mais désobéit et abat l’appareil. A-t-elle eu raison de sacrifier les passagers pour sauver le public du stade ? C’est à cette question que le tribunal doit répondre, et que le public-juré doit sanctionner : coupable ou innocente ?

La pièce apporte toutefois un changement plus que notable par rapport au texte original : Lars Koch est devenu Laura Koch. « Choisir une femme pour incarner le rôle du pilote dans l’univers masculin de la défense n’est pas anodin et ajoute une question au débat : et si Laura Koch avait été un homme ?« , expliquent les metteurs en scène Michel Burstin, Bruno Rochette et Sylvie Rolland. Un choix loin d’être anecdotique, car « si Lars était resté, personne ne se serait posé la question : et si c’était une femme ?« . Le genre de l’accusée peut-il infléchir le jugement des jurés ? La question s’ajoute à celles, déjà complexes, de la responsabilité individuelle, de la morale et des limites du droit.

Créée en France par la Cie Hercub’, la pièce a été montée dans 27 pays. Sa forme repose sur un dispositif simple : témoignages, réquisitoire, puis plaidoirie, comme lors d’un véritable procès, avant que les spectateurs ne rendent leur verdict. Un site internet, www.terror.theater, recense par ailleurs les décisions prises au fil des représentations. De quoi se rendre compte la diversité des réactions face à un tel dilemme.

Car si chacun entre dans la salle avec ses propres convictions, celles-ci peuvent vaciller au fil des débats. Les certitudes se déplacent, les émotions s’en mêlent et la prise de décision devient moins évidente qu’il n’y paraît. Avec Terreur, le théâtre ne demande pas seulement au public de choisir un camp : il l’oblige à examiner les raisons de son choix.

20 nov, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens: theatresendracenie.com

photo : Terreur (visuel d’illustration, dessiné lors d’une représentation) © Zziigg