04 Nov Dans le Var, la littérature largue les amarres
Près de 350 auteur.es et illustrateur.trices sont attendus du 20 au 22 novembre dans les différents espaces du Palais Neptune, à Toulon, pour trois jours de rencontres, de débats et de découvertes littéraires. 400 ans de la Marine nationale obligent, cette 29e Fête du Livre du Var revêt une forte tonalité baroudeuse : présidée par l’écrivain voyageur Sylvain Tesson, elle met également à l’honneur l’auteur, aventurier, antifasciste, résistant, théoricien de l’art et homme d’État André Malraux.
Après avoir quitté la Place d’Armes et son historique chapiteau pour s’installer au Palais Neptune en 2025, la Fête du Livre du Var poursuit son périple littéraire au cœur de Toulon. Organisé par le Conseil Départemental, présidé par Jean-Louis Masson, ce rendez-vous automnal, entièrement gratuit, devrait accueillir plus de 25 000 visiteurs en trois jours. Une ambition à la mesure de l’événement qui, depuis sa création en 1997, défend l’accès à la culture et la diversité des expressions littéraires.
Le livre à la rencontre de tous les publics
Romans, essais, bandes dessinées, littérature jeunesse : tous les genres seront représentés lors de cette 29e Fête du Livre du Var, avec une place importante accordée aux dédicaces, aux rencontres et aux grands entretiens. La transmission demeurant d’ailleurs l’un des piliers de la manifestation, 56 collèges varois seront mobilisés et plus de 1 000 élèves et enseignants sont attendus. Ateliers d’écriture, dessin, création de livres pop-up et initiation à la bande dessinée permettront aux plus jeunes de découvrir la littérature autrement. Un prolongement du dispositif Var, lire en territoire, qui fait vivre le livre, et a notamment permis de faire découvrir, à travers des rencontres et spectacles, la sélection du Prix des lecteurs du Var 2026 (voir focus ci-contre) dans les médiathèques du département.
Pour cette 29e édition, près de 350 auteur.es et illustrateur.trices investiront les stands de 16 librairies varoises partenaires, épaulées par deux bouquinistes. Le public pourra notamment y retrouver Douglas Kennedy, J. R. Dos Santos, la varoise star du polar français Karine Giebel, Nicolas Beuglet, François-Henri Désérable, ou encore le chanteur Joseph d’Anvers. Plusieurs lauréats de prix littéraires 2026 seront également de la partie, parmi lesquels Michaël Dichter, distingué par le Grand Prix RTL-Lire Magazine, Nicolas Leclerc, récompensé par le prix Transfuge du meilleur polar, et Marie Colombe, lauréate du prix « Envoyé par La Poste ».
La mer en fil rouge
Cette année, la manifestation s’inscrit dans le cadre des 400 ans de la Marine nationale. Aussi, le monde maritime et l’esprit d’aventure traverseront plusieurs rendez-vous, à l’image du grand entretien avec Sylvain Tesson, « écrivain de la marine » choisi pour présider cette édition (voir focus ci-contre), ou de la rencontre À voix haute : Sky is the limit, le vendredi 20 novembre à 16h30, avec Stéphane Dugast, lauréat du Prix Encre Marine 2026 (voir focus ci-contre), Patrice Franceschi et Norbert Tafzi. L’ancien chef du commando Trépel viendra notamment partager son expérience des forces spéciales.
La liberté de la presse constitue l’autre grand axe de cette édition, incarné entre autres par les invités d’honneur Annick Cojean, grand reporter au Monde, et Richard Malka, avocat et essayiste spécialiste du droit de la presse et de la liberté d’expression.
Les questions contemporaines à l’affiche
Les rencontres et grands entretiens feront la part belle aux questions contemporaines. Vendredi, un colloque organisé par l’Université de Toulon, le vendredi à 17h, posera la question du moment qui agite le monde de la création : L’IA est-elle un écrivain comme les autres ? Chercheurs, éditeurs et illustrateurs seront invités à interroger les conséquences de l’intelligence artificielle sur l’écriture, quelques semaines après l’affaire Thélyson Orélien, qui a secoué l’édition 2026 du Prix Goncourt. Si « la machine n’a pas à être considérée dans notre prix« , a récemment déclaré Philippe Claudel, président de l’Académie du Goncourt, au micro de Franceinfo, lors de la révélation des 4 finalistes, « j’aurais vraiment aimé qu’il s’explique, il peut le faire encore, pour nous dire comment il a travaillé exactement« . Car, qu’on le déplore ou non, la machine fait désormais partie intégrante de nos vies, et par conséquent de la création artistique. La question est de savoir où poser les limites. Le sujet trouvera un prolongement, dimanche à 10h30, avec une masterclass consacrée à l’IA, animée par Laurence Devillers.
La littérature se déclinera également en images et en voix. Vendredi à 17h, les auteurs et dessinateurs Charles Berberian et David Hury échangeront autour de la manière d’Écrire et dessiner la guerre. Samedi à 15h, Annick Cojean et Sophie Couturier présenteront La Marche des femmes, une bande dessinée consacrée à l’histoire des combats féminins. Puis à 16h, Frédéric Andrau et David Prudhomme proposeront une lecture dessinée des Oliviers du Négus. La journée s’achèvera à 18h par une lecture musicale de l’écrivain Julien Sandrel et du musicien Baptiste Giuliano, tous deux originaires d’Hyères.
Autre rendez-vous singulier, samedi à 10h : une Conférence de rédaction proposée par le Club Le Figaro Culture, animée par Jean-Christophe Buisson, qui sera enregistrée en public avant sa diffusion sur Le Figaro TV. L’occasion de voir l’envers du décor d’un média. Dimanche à 17h, Thomas Legrand clôturera le programme de la Scène littéraire, lors d’une rencontre autour de son dernier ouvrage, dont l’intitulé ne manque pas de piquant : Arrêtons (vraiment) d’élire des présidents ! Le journaliste et essayiste, qui fut une voix majeure de France Inter avant d’être évincé à la rentrée de septembre 2026, analyse la façon dont la conquête de l’Élysée est devenue une aventure plus personnelle que politique, avec le déclin des grandes idéologies et de l’influence des partis. Une simplification désastreuse de la vie politique, démultipliée par les réseaux sociaux, dans une France où de plus en plus de personnes semblent tentées par le choix de l’autoritarisme… Un rendez-vous éclairant à quelques mois d’une échéance majeure pour la France.
La programmation détaillée est disponible sur le site officiel fetedulivreduvar.fr : liste complète des invités, planning de leurs interventions (rencontres, tables rondes, ateliers…), emplacements exact, jours de présence sur le festival… Il y a tout !
Sylvain Tesson, l’aventure pour horizon
Cette année, la Fête du livre du Var a choisi Sylvain Tesson pour chef d’expédition. L’écrivain voyageur viendra présenter son dernier ouvrage Stack, la traversée des mondes.

Géographe de formation, Sylvain Tesson ne se contente pas de quelques cartes et d’informations glanées sur le Web ou les réseaux pour composer ses ouvrages. Contacté en visioconférence – nous sans quelques problèmes de connexion – lors de la présentation de cette Fête du livre du Var 2026, notre homme n’est clairement pas fan des outils technologiques : « Je trouve que c’est abominable et je suis très heureux que tout cela se termine par notre rencontre en chair et en os à la Fête du Livre à Toulon, parce que j’aime la réalité charnelle, organique, sensuelle, véritable et humaine des rencontres. » Et cela tombe bien, puisqu’il participera à un grand entretien le samedi 21 novembre à 14h.
S’il a été choisi pour présider cette édition 2026, ce n’est pas la première fois qu’il est invité, lui qui connaît bien la région : « Je viens très souvent me livrer à ma passion qui est l’escalade sur le Baou des Quatre Oures, je viens au mont Faron, je connais le Destel… » Depuis 2012, Sylvain Tesson fait partie de l’association des Écrivains de Marine, ce qui le conduit régulièrement sur la base navale de Toulon. Ce collectif comprend plus d’une vingtaine d’auteurs, parmi lesquels Isabelle Autissier ou Jean-Christophe Ruffin, grand ami de l’auteur, et entretient un lien privilégié avec la Marine nationale, tout en contribuant au rayonnement de la culture maritime. « Il m’est arrivé d’avoir la chance d’être invité par des pachas de sous-marins nucléaires d’attaque de classe Suffren et j’ai pu faire des embarquements extrêmement intéressants pour moi. » Une autre façon, pour ce géographe voyageur, d’explorer le monde et ses territoires.
L’aventure comme matière première
Car pour Sylvain Tesson, le voyage n’est pas qu’une agréable parenthèse exotique, c’est une manière d’être au monde. Des toits des cathédrales françaises qu’il a gravis étant jeune, aux steppes d’Asie centrale (La chevauchée des steppes, 2001), des forêts de Sibérie (Dans les forêts de Sibérie, 2011) aux chemins de traverse de l’Hexagone (Sur les chemins noirs, 2016), il a multiplié les expéditions, à pied, à cheval, à vélo ou à flanc de montagne. Avec toujours un goût prononcé du risque et une certaine défiance envers les itinéraires balisés. Une aventure nécessaire, car elle alimente son écriture. « Je ne suis pas un écrivain de l’imagination. J’ai besoin d’aller voir pour savoir ce que je vais dire« , explique-t-il, comparant volontiers ses voyages à une visite au marché, où il va chercher des sujets comme on va chercher nos légumes.
Son appétence pour le réel se double d’un attachement viscéral à la nature, à ses manifestations les plus spectaculaires comme à ses détails les plus discrets. Dans La Panthère des neiges, prix Renaudot 2019, son expédition tibétaine avec le photographe animalier Vincent Munier se transformait en école de la patience. « Apprendre à voir, à être patient, discret, attentif, silencieux… Soit tout le contraire de la vie que l’on mène« , écrivait-il alors.
Sylvain Tesson aurait pu mener une vie d’aventurier, à l’abri du regard des autres. Juste pour le frisson, le plaisir. Mais non. Il s’applique depuis plus de 30 ans maintenant à retranscrire ses expériences dans des récits de voyage, des nouvelles, des essais, des albums photographiques, des documentaires… en authentique amoureux de la littérature qu’il est. Parmi ses compagnons de lecture, il cite Victor Hugo, Honoré de Balzac et Roger Caillois, dont il admire la capacité à faire surgir l’émerveillement de l’observation du monde.
Des livres pour habiter le monde
Lors de la présentation, il a également salué l’invitation d’Annick Cojean à cette Fête du Livre du Var 2026, en mentionnant ses actions en faveur de la liberté de la presse. « Je suis très sensible à ça, car la littérature comme la presse sont encore de relatifs espaces où la liberté d’expression peut se manifester« , a-t-il souligné. « La littérature, c’est le domaine de la complexité, de la pensée difficile. Tout n’est pas blanc et noir dans l’expression littéraire, il règne encore de l’ambiguïté, de la nuance, et parfois la pensée peut se laisser aller à des tortuosités, à des difficultés. On doit défendre cela« , rappelle-t-il, convaincu que les livres offrent un espace de nuance dans une société que nos dirigeants ne cessent de polariser.
À Toulon, il viendra présenter son dernier ouvrage, Stack, la traversée des mondes, qui mêle textes inédits, carnets de voyage et plus de 350 clichés de son ami et photographe Thomas Goisque. Avec lui, il revient sur quatre années d’expéditions à l’assaut des « Piliers de la mer », ces immenses aiguilles rocheuses au large des côtes. « J’ai grimpé une centaine des piliers, du cap Horn aux îles Féroé, des Philippines au Vietnam, en passant par les Shetlands et les Orcades, parce que je vois dans ces reliefs une symbolique de ce qui résiste, de ce qui ne veut pas reculer. C’est à la fois la figure du dandy, du rebelle, du partisan, du réfractaire, de l’anticonformiste ! »
Une dernière phrase que l’on pourrait tout à fait associer à André Malraux, en raison de ses engagements, notamment antifascistes, et de son existence vécue comme une aventure quotidienne… Un homme auquel la Fête du livre du Var rend hommage cette année qui a en commun avec Sylvain Tesson d’avoir fait de l’exploration une expérience fondatrice pour l’homme qu’il fut. Et d’avoir fait de la matière littérature une façon radicale de penser son rapport au monde. « En ce qui me concerne, je suis davantage un écrivain de géographie« , souligne toutefois Tesson. Là où Malraux s’engagea dans les combats de son siècle, lui a préféré se retirer dans la nature plutôt que de peser sur l’Histoire. Une opposition entre le révolté et l’aventurier, le militant et l’observateur, qu’il a explorée avec Régis Debray dans Le Grimpeur et le Grognard, dialogue épistolaire paru en 2026.
Et l’écrivain aventurier de conclure, en évoquant ce qui réconcilie les êtres par-delà leurs divergences : « La beauté du monde d’abord et sa restitution par la grâce du verbe… Et ça, ça s’appelle la poésie.«
André Malraux, l’insoumis des Lettres
« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert« … Cette phrase coup de poing est sortie tout droit du cerveau fécond d’André Malraux, auteur patrimonial mis à l’honneur lors de cette Fête du Livre du Var 2026. Elle illustre parfaitement sa vision d’une Culture conçue comme une aventure collective, à l’image du combat pour la Liberté.

La Condition humaine, prix Goncourt en 1933, c’est lui. L’Espoir, c’est lui. Le Musée imaginaire, concept que nous avons récemment évoqué à l’occasion d’une exposition-dossier cannoise, c’est encore lui. Tout comme les Maisons de la Culture… André Malraux est beaucoup plus qu’un auteur, il est l’une des figures intellectuelles et politiques majeures du XXe siècle ; l’une des rares qui font encore aujourd’hui consensus en France, quelle que soit l’obédience politique. Tour à tour écrivain de l’action, aventurier en Asie, antifasciste, résistant, théoricien de l’art et homme d’État, il a mené une vie littéralement hors du commun.
Né en 1901, Malraux publie ses premiers textes, certains proches du surréalisme, un an après la fin de la « Grande Guerre ». Mais c’est bien ses voyages, notamment en Asie, cette expérience du monde, qui nourriront ses ouvrages comme Les Conquérants (1928), La Voie royale (1930) et surtout La Condition humaine (1933). Tous mettent en mots et en scène la révolution, la mort, la fraternité, et la quête de dignité dans un siècle charnière, tant d’un point de vue politique, que culturel, ou technologique.
Fasciné par les grandes questions de son temps, il s’engage ensuite dans la guerre d’Espagne, aux côtés des Républicains bien sûr, et en extrait L’Espoir (1937), roman essentiel dans la place qu’occupe la guerre d’Espagne dans l’imaginaire de la gauche française. Puis vient la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale, qui forge encore sa pensée, et sa nomination comme tout premier ministre français de la Culture, en 1959 par le Général de Gaulle. À ce jour, Malraux est toujours cité, à raison, comme référence en matière de politique culturelle française. Son idée centrale : la Culture doit être accessible à tous.
Contrairement à Sylvain Tesson qui se revendique davantage comme un observateur (voir ci-contre), André Malraux fait partie de ces auteurs pour lesquels écrire implique de choisir un camp. Anticolonialiste et antifasciste convaincu (et convaincant), il s’est toujours engagé contre l’oppression des peuples et la montée des totalitarismes.
Si sa mise à l’honneur cette année marque le cinquantenaire de sa disparition, il était on ne peut plus logique de voir le Département du Var lui rendre honneur, car le ministre qu’il fut s’est battu pour la création, en 1963, du Parc national de Port-Cros, 1er parc national marin d’Europe. Un point de rupture marquant alors l’avènement d’une nouvelle conception de la Culture, où le patrimoine n’est plus seulement artistique ou architectural, mais inclut aussi le vivant et la nature.
Pour toutes ces raisons, et bien au-delà, sa trajectoire explique pourquoi les phrases choc dont était coutumier André Malraux conserveront à jamais cette dimension quasi belliqueuse, et pourquoi il a toujours considéré la Culture à la fois comme une arme de résistance et comme un héritage collectif.
De Hyères à Naples, une histoire en musique
Parmi les nombreux rendez-vous littéraires et festifs attendus au cours de cette Fête du Livre du Var, une belle histoire… Une lecture musicale réunissant deux amis ayant grandi à Hyères dans les années 90, l’écrivain Julien Sandrel et le musicien Baptiste Giuliano, le 21 novembre à 18h.


L’un est l’auteur d’un roman à succès : La Chambre des merveilles (2018), vendu à 500 000 exemplaires en France, traduit en 27 langues, adapté au théâtre par Jean-Philippe Daguerre puis au cinéma par Lisa Azuelos. Un ouvrage qui lui a permis de se consacrer pleinement à l’écriture, et de publier Le jour où Rose a disparu en 2026, et Eva des forêts l’année suivante. L’autre est un « artisan de la chanson » qui a sorti plusieurs albums sous les blases de BATpoinG puis de -BAT-, et a partagé la scène avec Jacques Higelin, Dominique A, Jeanne Added, Odezenne ou encore Bigflo & Oli. Il prépare aujourd’hui la sortie d’un nouvel opus, sous son nom propre, attendu pour 2027 : LOVALBUM.
Deux trajectoires différentes pour ces deux amis qui ont fréquenté les mêmes bancs d’école de la 6e à la Terminale. Mais un amour des mots et des histoires familiales qui les rapproche, eux dont les aïeux ont traversé les Alpes pour venir vivre en France. Aujourd’hui, les deux hommes se retrouvent autour d’un projet commun qui trouve sa source dans le dernier ouvrage de Julien Sandrel : le récit Mes frères, nos fantômes et moi, publié en avril 2026, dans lequel l’auteur (et ses frères) emmène le lecteur à Naples sur les traces de la tombe de leur arrière-grand-mère. Une proposition hybride et incarnée, où l’auteur solitaire ose se mettre en scène et dans laquelle le chanteur-musicien met ses boucles électroniques et son accordéon au service de mots qui ne sont pas les siens, pour une exploration commune de leurs racines italiennes. « Nous chanterons même une chanson en duo, créée pour l’occasion« , précise Baptiste Giuliano. Le morceau s’appelle À la française, et vient de sortir sur toutes les plateformes le 30 octobre dernier.
Atoll minuscule, enjeux planétaires
Si les lauréats du Prix des lecteurs du Var seront révélés lors de l’inauguration, le Prix Encre Marine 2026 a, lui, déjà été dévoilé : il a été attribué à Stéphane Dugast pour son livre Atoll Circus.


Créé en 1991 par la préfecture maritime de la Méditerranée, ce prix récompense un ouvrage mettant en valeur la mer et le monde maritime, qu’il soit civil ou militaire. Son édition 2026 prend un éclat particulier, car il coïncide avec les 400 ans de la création de la Marine française. Atoll Circus de Stéphane Dugast a été distingué parmi 5 ouvrages en lice, et succède à Vincent Guéquière pour Le Capitaine égaré – choisi parmi des auteurs comme… Sylvain Tesson, avec son ouvrage Les Piliers de la Terre.
Représentant du Préfet maritime, le commandant Martin Muret, qui l’a présenté, a déclaré avoir « adoré » ce livre qui traite d’un minuscule atoll français de 1,7 km² perdu dans le Pacifique, à plus de 1000 km à l’ouest du Mexique. Un ouvrage qui « souligne à la fois des enjeux de souveraineté géopolitique et des enjeux écologiques« , explique-t-il. Grâce à ce bout de terre, la France bénéficie ainsi d’une zone économique exclusive (ZEE) de plus de 200 milles nautiques autour de l’île, équivalente à la surface de la France métropolitaine, ce qui en fait le deuxième pays au monde avec la plus grande surface maritime. Ce confetti isolé au beau milieu du Pacifique-Nord est par ailleurs « un point chaud de biodiversité abritant plus de 100 000 oiseaux fous masqués et des crabes rouges« . En l’espace de 15 ans, Stéphane Dugast a réalisé quatre expéditions in situ – déposé à chaque fois par la Marine française ; elles lui ont permis de mesurer l’ampleur et la rapidité du changement climatique : la population de crabes rouges a notamment chuté au profit de rats devenus invasifs, introduits par l’homme lors de ses débarquements pour des raisons logistiques ou de trafic.
Stéphane Dugast décrit dans ce livre l’âpreté de ce paysage, la chaleur infernale qui y règne, de même que la difficulté d’y survivre et de se nourrir au milieu d’espèces parfois menaçantes. Comme dans une saga, on y croise de multiples personnages : des explorateurs français, un pirate britannique, un roi fou, le Général de Gaulle, le commandant Cousteau, des pêcheurs au gros, des narcotrafiquants… ou encore des militaires mexicains. En effet, si l’île est française depuis 1711, elle a un temps été revendiquée par le gouvernement mexicain qui y a déposé des soldats et leurs familles il y a plus d’un siècle : les fameux « oubliés de Clipperton », dont l’auteur raconte la tragique histoire. Un ouvrage entre récit initiatique et document historique sur ce territoire ultramarin méconnu et pourtant si emblématique des enjeux environnementaux de notre planète.
Un Prix à hauteur de lecteurs
Réparti entre littérature générale, jeunesse et bande dessinée, le Prix des lecteurs du Var, créé en 2005, conclut un dispositif du Département qui fait de la lecture une aventure collective, au cœur des médiathèques du territoire : Le Var, lire en territoire. Les lauréats seront dévoilés le vendredi 20 novembre à 15h30, lors de l’inauguration de la Fête du Livre du Var.
Franchement, le meilleur des prix littéraires ne serait-il pas celui que nous, lecteurs, décernons ? Lancé en 2005 par le Département, ce rendez-vous entend encourager la lecture, faire découvrir de nouveaux auteurs et renforcer le lien entre les habitants et le réseau de médiathèques publiques. Particularité notable : nul besoin d’habiter le Var pour participer.
À l’occasion de cette édition 2026, neuf ouvrages ont été sélectionnés. Dans la catégorie littérature générale, trois premiers romans se disputent les suffrages : On l’appelait Bennie Diamond de Michaël Dichter, une plongée dans le monde des diamantaires d’Anvers ; Les Courants d’arrachement d’Élise Lépine, fresque intime sur fond de Maroc sous protectorat français, et Le ciel l’a mauvaise d’Éléa Marini, récit de destins qui se nouent dans le chaos d’une catastrophe.
Côté jeunesse, La chasse aux rainettes d’Antonin Faure invite à suivre quatre cousins en quête d’un trésor, tandis que Le jeu du plus qu’un jour d’Audrey Poussier explore la nostalgie des vacances qui s’achèvent. Avec Le Grand Large, Mathilde Bédouet raconte quant à elle le passage de l’enfance à une première forme d’autonomie.
La bande dessinée complète cette sélection : Le Temps des pivoines, d’Aucha et Maxime Belloche, mêle drame médiéval et espoir ; L’Envers de nos décors, de Thomas Scotto et Carole Chaix, interroge le poids des mots et des blessures ; et Nepka, de Séverine Vidal et Nina Ramsey, suit une jeune fille décidée à sauver une oursonne promise au sacrifice.
Les votes sont ouverts jusqu’au 7 novembre, en ligne sur le site du Département ou en déposant un bulletin dans une médiathèque participante. Verdict le 20 novembre !
INFOS PRATIQUES
Ven 20, sam 21 & dim 22 nov 2026
Palais Neptune, Toulon
Entrée gratuite !
Rens: fetedulivreduvar.fr
photo Une : Fête du livre du Var 2025 © S. Damen-Debbih – CG83