07 Oct OVNi 2026 : la conspiration des corps
Avec OVNi, il faut désormais envisager la Côte d’Azur non plus comme le décor suranné d’une villégiature contemplative, mais comme un réseau d’écrans liquides, une topographie de l’incertitude…
Pour sa 1e édition au format de biennale, OVNi déploie un dispositif qui tient autant de la navigation spatio-temporelle que de la cartographie artistique. Sous la direction d’Odile Redolfi et la direction artistique de Nathalie Amae, la manifestation s’affirme aujourd’hui comme le centre de gravité d’une constellation méditerranéenne où l’image en mouvement cesse d’être un pur objet de vision pour devenir un mode de résistance.
Intitulée Performancia et axée autour de la puissance du gestus et des « corps performés », cette édition 2026 pose une question fondamentale : qu’est-ce que le corps fait à l’image, et comment la vidéo recueille-t-elle la présence physique quand les grands récits s’effondrent ? Ici, la notion de performance ne relève pas de la simple monstration scénique, elle s’affirme comme une polygraphie politique et poétique.
C’est au 109, friche culturelle niçoise, que la biennale écrira son manifeste. L’artiste associé Filipe Vilas-Boas investira la Grande Halle avec une sculpture-habitable, agora hybride où se croisent circassiens, danseurs, comédiens et penseurs pour une tentative de ré-institution du commun (Re:public). À cette échelle monumentale répond un maillage territorial presque réticulaire qui verra le festival s’infiltrer dans les institutions patrimoniales et espaces d’art contemporain azuréens : de la Villa Arson à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux, en passant par le Château de La Napoule ou le Nouveau Musée National de Monaco… Sans oublier la programmation des galeries, qui réservent quelques perles comme Manuel Sajn (voir encadré).
Mais la véritable radicalité d’OVNi réside peut-être dans son art de la désorientation institutionnelle : en clôture, l’événement délaisse le white cube pour investir six hôtels du centre niçois. La chambre d’hôtel, espace intime et transitoire par excellence, devient alors le lieu d’une expérience immersive où le spectateur, devenu interprète, traverse l’œuvre comme on s’infiltre dans une pensée.
À l’intersection de l’histoire des médias, de l’écologie de la relation et du soutien à l’émergence (incarné par les prix Cosmopolis et OVNi Sud Émergences), cette édition de la maturité rappelle, pour citer Deleuze dialoguant avec Artaud, qu’il s’agit avant tout de retrouver des raisons de croire au monde – en redonnant un corps à l’image. Plus d’infos dans notre prochain numéro !
FACE IN HOLE
Qu’est-ce qui fait un homme, un « vrai » ? Un menton carré à la mâchoire serrée, une attitude conquérante, la maîtrise absolue de ses faits et gestes ? Dans son exposition solo intitulée Face in Hole, Manuel Sajn s’empare de la fabrique des masculinités pour en disséquer méticuleusement les rouages et les failles.>
Ce Niçois, qui vit et travaille à Bruxelles, nous ramène des images qui font du bien en cette période où le masculinisme constitue un stigmate terrifiant de la montée de l’extrême droite. Le titre est évocateur : ces têtes qui sortent d’un trou et sur lesquelles on tirait des balles de son dans les foires.
À travers une série de vidéos troublantes, il met en scène des gestes du quotidien basculant soudain dans de légers décalages. Ce glissement imperceptible fait aussitôt voler en éclats le mythe de la virilité triomphante. Sous l’œil de la caméra, le contrôle de soi vire au ridicule, la posture devient carcan, et ce qui se voulait affirmation d’assurance révèle une vulnérabilité presque touchante.
Naviguant avec malice dans un espace ambigu, à la frontière du réel et de la fiction, Manuel Sajn n’utilise pas l’artifice comme un masque, mais comme une loupe grossissante. Entre présence affirmée et effacement progressif, le travail montre à quel point les images et les représentations contemporaines exercent une contrainte étouffante sur les corps. Une exploration à la fois fragile, absurde et feutrée de la violence ordinaire des normes, servie avec un regard acéré et profondément réjouissant. Un coup de cœur à ne pas manquer !
OVNi, 13 > 29 nov, lieux divers, Nice, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Monaco, Beaulieu, Mouans-Sartoux, Mandelieu. Rens: ovni-festival.fr
Manuel Sajn – Face in Hole, 15 nov > 5 déc (vernissage 14 nov 14h), Espace à vendre, Nice. Rens: espace-avendre.com
photo : Berna Reale, Palomo, 2023 © DR