Philippe Paradis, l’ombre haute

Philippe Paradis, l’ombre haute

Pendant trois décennies, le producteur Philippe Paradis a sculpté le son des grands de la pop française, de Christophe à Zazie. Installé à Nice, l’artisan discret sort du bois avec Nap in a Burning Room, un premier EP solo aux reflets cinématographiques et au spleen majestueux, disponible prochainement.

Il y a ceux qui tirent la couverture, et ceux qui tissent la toile. Pendant plus de trois décennies, Philippe Paradis s’est tenu dans les arrières salles de la chanson hexagonale. Un rôle d’orfèvre de l’ombre, à façonner la matière sonore pour Daho, Christophe, MC Solaar ou Thiéfaine. Trente-quatre ans de carrière, une vingtaine d’albums, cinq nominations aux Victoires et des disques d’or en pagaille. Mais la pénombre des studios finit par appeler sa propre lumière : le multi-instrumentiste accomplit le grand saut avec un premier geste solo d’une souveraine élégance.

Pour embrasser cet envol, l’homme est revenu à la source. Quittant la capitale après quinze ans passés à Paris et une étape toulonnaise dans une galerie d’art, Paradis s’est réenraciné sur la Côte d’Azur. Il a posé ses machines au 109 et à La Station, friche culturelle niçoise. Un retour au pays qui fait écho aux premiers émois d’adolescent, quand la musique s’inventait à la fin des années 80 dans les locaux de répétition de Bendejun, Contes ou Coaraze. C’est là qu’il a fondé avec Stéphane Blaëss le studio MBAD (My Brother Is a Dentist), écrin dédié au mixage, au mastering et à la formation continue, qu’il complète par des cours à l’ESRA Côte d’Azur.

Mais l’essentiel réside dans cette « sieste dans une pièce en feu« , selon ses propres mots. Libéré des diktats du mainstream et du calibrage hertzien, Paradis y déploie une écriture affranchie, intime et cinématographique. Les guitares folk y frottent leurs cordes contre des envolées vénéneuses, dessinant la cartographie d’un spleen lumineux. Visuellement, le clip du premier single Hey Alf prolonge cette mise à nu avec la même exigence : clair-obscur crépusculaire, atmosphère suspendue et images magnétiques capturant une urgence tranquille. Ni posture sur le tard, ni simple coquetterie de studio, Nap in a Burning Room s’impose comme la profession de foi d’un esthète enfin prêt à jouer sa propre carte.

Rens: FB Philippe Paradis – mybrotherisadentist.org

photo : Philippe Paradis © Hildegarde Laszak