25 Sep La science se met à table
Du 2 au 12 octobre, la Fête de la Science revient dans les Alpes-Maritimes pour une 35e édition placée sous le signe des Saveurs savantes. De Nice à Villeneuve-Loubet, de Grasse à Sophia Antipolis, chercheurs, artistes, médiateurs et scientifiques invitent le public à regarder autrement ce qui se trouve dans nos assiettes. Une manière aussi de renouer le dialogue avec une science régulièrement mise en débat, notamment sur les questions environnementales et sanitaires.
Une assiette n’est pas qu’une « simple » assiette. Elle raconte des habitudes, des cultures, des savoir-faire, mais aussi des phénomènes biologiques, chimiques, environnementaux et sociaux. Pourquoi aimons-nous certains goûts et pas d’autres ? Comment notre cerveau les perçoit-il ? Que deviennent les aliments transformés ? Quelle influence notre alimentation exerce-t-elle sur notre santé et sur les écosystèmes ? Et comment produire autrement dans un contexte de changement climatique et de bouleversement de la biodiversité ?
Voilà tout l’intérêt du thème Saveurs savantes choisi pour cette 35e Fête de la Science, qui mobilise à nouveaux de nombreux acteurs sur plusieurs communes : Valbonne (2 > 3 oct), Menton (2 > 12 oct), Nice (3 > 4 oct à Valrose, 10 oct à l’Ariane), Grasse (3 > 10 oct), Villeneuve-Loubet (3 > 4 oct), Sophia-Antipolis (4 oct), Cannes (5 > 9 oct), Mouans-Sartoux (5 > 10 oct) et Antibes (10 > 11 oct). Une édition qui, comme chaque année, entend faire sortir la recherche des laboratoires pour la confronter au public. L’opération rassemble habituellement plus de 30 000 visiteurs dans le département.
Le choix de l’alimentation arrive par ailleurs dans un contexte politique et sociétal où la place de la science dans le débat public est régulièrement remise en question. Les changements climatiques, la santé, les technologies ou les pratiques agricoles donnent lieu à des controverses où résultats scientifiques, intérêts économiques, opinions et informations parfois approximatives se mélangent. Un rapport récent de la commission d’enquête du Sénat souligne notamment les interrogations croissantes d’une partie de la population sur la transparence de la recherche et le sentiment que la science peut être instrumentalisée dans le débat public.
La Fête de la Science propose alors une réponse qui passe moins par le discours d’autorité que par la rencontre. Expérimenter, manipuler, discuter avec les chercheurs : autrement dit, voir comment se construit un savoir !
À Nice, la science commence par un banquet
À Nice, le Festival des Sciences, organisé par Université Côte d’Azur, investira cette année le parc Valrose les 3 et 4 octobre, au cœur de l’université et de ses espaces de recherche. Chercheurs, associations de médiation scientifique, musées, services publics et entreprises y proposeront ateliers, expérimentations et rencontres.
Le coup d’envoi sera donné dès le vendredi 2 octobre avec la Nuit de la Science, de 18h à 21h. Pour cette soirée d’ouverture, la Cie Les Collectionneurs proposera son fameux Théâtre à la carte, accompagné de dégustations en lien avec les thématiques de recherche présentées. Ici, les comédiens se transforment en serveurs pour distribuer de véritables cartes au public, qui est ensuite invité à choisir son « menu » parmi 30 scènes et 57 personnages, soit 972 combinaisons possibles. Un festin théâtral en six services, composé de textes culte et d’auteurs incontournables, dans une ambiance bistronomique. Le principe est à l’image de cette édition : faire dialoguer les sciences et les arts, mais aussi passer par les sens pour susciter la curiosité. La soirée, organisée au parc Valrose, se déroule sur réservation !
Le week-end poursuivra cette exploration avec un programme particulièrement large. Parmi les propositions directement liées à Saveurs savantes, on trouve notamment une présentation de l’Inserm sur nutrition et santé, une réflexion sur le Nutri-Score, les aliments transformés et le marketing, ou encore une intervention consacrée à l’énergie contenue dans nos assiettes. Les « saveurs de la mer » seront également abordées à travers les recherches consacrées aux ressources marines.
La question alimentaire y croise ainsi celle des écosystèmes. Une conférence s’interrogera par exemple sur la possibilité de manger certains poissons délaissés pour contribuer à préserver les milieux marins. D’autres propositions aborderont le climat, le compostage, la biodiversité ou la consommation. La science devient ici un moyen de comprendre les conséquences de choix très ordinaires.
Le samedi 3 octobre, le Festival s’intéressera au temps et aux futurs possibles avec la soirée Contre-temps et Autres temps : petite promenade en uchronie. Le collectif ACorps d’Art présentera une pièce de danse contemporaine, suivie d’une rencontre-conférence avec Ugo Bellagamba, enseignant-chercheur au laboratoire ERMES et auteur de science-fiction.
À Villeneuve-Loubet, l’assiette devient laboratoire
Difficile d’imaginer lieu plus cohérent que le Pôle culturel Auguste Escoffier pour accueillir son 9e Village des Sciences, qui réunira chercheurs et scientifiques autour du goût, de l’alimentation et de la manière dont notre cerveau les appréhende. Le cortex insulaire, notamment impliqué dans les émotions, fait partie des mécanismes abordés.
Le parrain de cette édition sera le chef Jacques Chibois, tandis que le parfumeur-créateur Jean-Claude Ellena est annoncé comme invité d’honneur. Un rapprochement qui permet de déplacer la question du goût de la cuisine vers les sciences de la perception. Le programme multiplie les entrées : conférence d’Anne-Sophie Bouville sur les nutriments, table ronde intitulée Redonner la santé par la cuisine ?, jeu scientifique autour des invasions biologiques, escape game consacré à l’environnement et à la biodiversité…
Le lieu est d’autant plus pertinent que l’alimentation permet de relier des sujets parfois présentés séparément : le plaisir et la santé, le goût et la mémoire, les pratiques culinaires et l’environnement. La thématique nationale rappelle d’ailleurs que l’alimentation se situe précisément à cette intersection entre santé humaine, santé animale et environnement.
À Sophia, l’alimentation depuis le champ
À Sophia Antipolis, le Village des Agrosciences proposera pour sa part une autre manière d’aborder les Saveurs savantes, en remontant la chaîne alimentaire jusqu’à la production agricole. Le dimanche 4 octobre, le site de recherche de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) ouvrira ses portes au public. Deux parcours de deux heures, à 10h et 14h, permettront de découvrir les infrastructures et les serres expérimentales au fil de plusieurs ateliers et stands. L’inscription est obligatoire, les places étant limitées.
Les visiteurs pourront notamment découvrir les travaux consacrés aux pathogènes des plantes, à la lutte biologique et à l’agroécologie. Autrement dit, comprendre comment protéger les cultures en travaillant avec les équilibres du vivant plutôt qu’en considérant la plante isolément.
De la perception d’une saveur à la protection d’une culture, le parcours est finalement moins éloigné qu’il n’y paraît. Ce que nous mangeons dépend de chaînes complexes, de sols, de plantes, d’insectes, de pratiques agricoles, de ressources en eau, mais aussi de nos comportements et de notre perception du goût.
C’est peut-être là que Saveurs savantes prend tout son sens. À l’heure où la science doit composer avec la défiance, les simplifications et la circulation rapide d’informations contradictoires, la Fête de la Science ne cherche pas à transformer chaque visiteur en spécialiste. Elle propose quelque chose de plus élémentaire : mettre les connaissances à portée de main, montrer comment elles se construisent et permettre d’en discuter. Sur l’environnement comme dans l’assiette, une bonne question vaut parfois mieux qu’une certitude toute faite.
2 > 12 oct, Valbonne, Menton, Nice, Grasse, Villeneuve-Loubet, Sophia-Antipolis, Cannes, Mouans-Sartoux, Antibes. Rens: fetedelascience06.fr.