La radio fait battre le cœur de la République

La radio fait battre le cœur de la République

Issue de son succès radiophonique rencontré sur les ondes de France Inter, Alfred Dreyfus – Le combat de la République est la troisième création hybride de Philippe Colin, entre récit documentaire, incarnation théâtrale et création sonore. Une traversée captivante qui réhabilite la figure trop souvent méprisée de cet officier français, tout en interrogeant nos passions contemporaines.

Il est des blessures nationales dont la douleur sourde continue d’être encore ressentie de nos jours. On croyait l’Affaire Dreyfus classée, sagement rangée entre le portrait de Zola et la caricature de Caran d’Ache dans les manuels d’histoire. On pensait tout savoir de ce capitaine alsacien et juif, victime d’une odieuse machination militaire en 1894, expédié au bagne de l’île du Diable pour une trahison qu’il n’avait pas commise. Mais l’Histoire a la vie dure, et les représentations qu’elle façonne sont parfois trompeuses. La version communément admise, simplifiée ou banalisée sans remise en question, a longtemps fait de Dreyfus un martyr passif, une personnalité terne et taciturne subissant l’orage avec une résignation d’automate. C’était oublier un peu vite sa capacité d’endurance, sa foi inébranlable dans les institutions, sa pugnacité féroce et son patriotisme qu’aucune humiliation n’est parvenue à entamer. Alfred Dreyfus fut lui-même un combattant de la vérité, et non le simple prétexte d’une bataille politique.

Transposer sur scène une nouvelle – et exigeante – série documentaire de France Inter était encore un pari risqué. Sous la houlette de son auteur Philippe Collin, et de Juliette Médevielle, le projet prend la forme d’un objet théâtral à la résonance saisissante. Ni pièce classique ni simple conférence dramatisée, cette partition à quatre voix permet à la rigueur du savoir historique d’épouser la puissance du drame.

Au centre du dispositif, la narration de Philippe Collin s’entrelace avec les interventions éclairantes de l’historien Philippe Oriol et le jeu d’Éric Ruf, formidable comédien qui donne chair au capitaine Dreyfus. Juliette Médevielle assure quant à elle la création sonore, prolongeant sur scène le travail radiophonique. Dans un espace sonore et théâtral immersif, nourri d’archives et d’ambiances, la vérité historique se construit sous nos yeux. Le spectacle rappelle avec une acuité particulière combien cette fracture originelle – la presse contre l’État, la raison contre les passions tristes, la quête de vérité contre le complotisme – demeure au cœur de notre imaginaire républicain.

À l’heure où l’avenir de l’audiovisuel public fait débat, cette création rappelle aussi le rôle que peut jouer le service public dans la transmission de l’histoire et la réflexion citoyenne. Et dire que certains dirigeants politiques veulent le supprimer, et donc nient ce genre de créations… C’est inquiétant !

20 nov, Le Liberté, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr
21 nov, Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr

photo : Alfred Dreyfus – Le combat de la République © Vincent Berenger – Châteauvallon- Liberté, scène nationale

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