Quand l’art vidéo fait corps à Nice

Quand l’art vidéo fait corps à Nice

La manifestation azuréenne OVNi (Objectif Vidéo Nice) se mue en biennale et consacre sa nouvelle édition, baptisée Performancia, au corps vivant, à la performance et aux utopies démocratiques. De la Grande Halle du 109 aux chambres d’hôtels, en passant par un réseau de galeries et d’espaces d’art, voyage au long cours dans l’image en mouvement.

Il fut un temps où l’on cantonnait l’art vidéo aux cubes blancs des musées, aux écrans froids et aux déambulations solitaires. À Nice, la Biennale OVNi s’obstine, depuis plus d’une décennie, à tordre le cou à cette idée reçue. Pour sa mue en biennale, l’événement fondé par Odile Redolfi et orchestré artistiquement par Nathalie Amae, revient du 13 au 29 novembre avec une ambition renouvelée : faire de l’image un territoire d’agora, un espace de friction et de poésie collective. Intitulée Performancia, cette édition 2026 place le corps au cœur de ses explorations, de l’image cathodique pionnière aux émergences contemporaines.

Le vertige démocratique de Filipe Vilas-Boas

Dès le 13 novembre, le coup d’envoi est donné au 109, pôle de cultures contemporaines de la Ville de Nice, avec l’exposition collective Tant de corps qui poussent en nous (commissariat de Nathalie Amae). On y croise des figures tutélaires et contemporaines de l’art vidéo – de Steve McQueen à Isaac Julien, en passant par Abraham Poincheval, Francis Alÿs ou Adelita Husni-Bey – qui explorent le corps comme lieu d’émancipation politique.

Mais l’un des temps forts de cette ouverture est l’invitation faite à Filipe Vilas-Boas. Artiste associé, il investit les lieux avec RE, une sculpture monumentale semi-sphérique pensée comme un espace public modulable. S’interrogeant sur la forme des parlements modernes et l’autoritarisme de l’hémicycle théâtral, l’artiste renoue avec le cercle de l’agora antique. Activée par des danseurs, des circassiens, des comédiens – notamment de la Cie Bakhus ou sous la direction de Taoufik Vallipuram – et par les résidents du 109, cette structure invite les spectateurs à s’accorder physiquement pour faire tenir ensemble un fragile équilibre démocratique.

Des institutions patrimoniales aux galeries niçoises

La force d’OVNi réside dans sa capacité à mobiliser le maillage culturel local. Les grandes institutions sont au rendez-vous : de la Grotte du Lazaret (Le Vaisseau de Frank Dufour) au Forum d’Urbanisme et d’Architecture (Lavaforming de s.ap arkitektar), en passant par les Archives Nice Côte d’Azur (État des lieux des forces en présence de Sacha Rey) ou la Villa Arson (Résonances de Maksaens Denis), les galeries d’art et lieux indépendants niçois jouent un rôle clé dans cette constellation.

Au cœur du parcours, Tom Barbagli explore, à la Galerie Eva Vautier, les relations entre art et design à travers des installations où mécanismes, aimants, lumière et vibrations mettent en jeu la matière, le mouvement et la gravité. La galerie Espace à Vendre accueille quant à elle une exposition personnelle de Manuel Sajn (Cowboy, Parking, Supermarket, Hotel Manhattan, Boucherie), interrogeant avec décalage la construction des figures masculines et la posture.  À la galerie NEO VogelART LAB, Pola Sieverding présente The Epic, une vidéo ralentie huit fois qui dissèque la sculpture, la tension et la sensualité des corps de deux boxeurs en plein combat. Du côté de La Gaya Scienza, les commissaires Annie Aguettaz et Barbara Polla orchestrent une exposition personnelle de Shaun Gladwell (Storm Sequence, Skateboarders vs Minimalism), une exploration poétique du corps en mouvement.

Le parcours s’enrichit d’escales engagées et intimistes : la librairie Vigna projette Arrows de Sandra Lahire, exploration expérimentale des limites corporelles et du support pelliculaire, tandis que le café-librairie Les Parleuses rend hommage à Vincent Dieutre à travers ses Exercices d’admiration, autour de Jean Eustache et Jean Cocteau. Sans oublier les escapades régionales vers l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux (Faire signe, réunissant notamment Yvonne Rainer, Richard Serra ou Lygia Clark), et la Villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Les Dansants de Nicolas Clauss).

L’art vidéo habite la nuit et les hôtels

Puis, comme le veut la tradition du festival, le week-end de clôture, les 28 et 29 novembre, investit les chambres de six hôtels du « Carré d’Or niçois ». Le public y découvre les œuvres au plus près.

À l’hôtel West End, le Prix Cosmopolis, soutenu par l’Académie des beaux-arts et présidé par Tania Mouraud, met en lumière 11 artistes internationaux. À l’hôtel Le Grimaldi, le Prix OVNi Sud Émergences valorise la jeune création méditerranéenne. L’hôtel Windsor, quartier général du festival, accueille un panorama historique du vidéoclip (Seeing Song, avec Nam June Paik, Christian Marclay et Roman Coppola), des cartes blanches aux Amis d’OVNi et des restitutions de résidences. L’hôtel Le Deck met à l’honneur les diplômées du Pavillon Bosio, l’hôtel Le Royal explore la vidéo-danse avec les Pays-Bas, et la Villa Victoria offre une fenêtre sur la scène artistique ukrainienne contemporaine.

Notez que les vernissages des galeries et lieux niçois se succéderont le 14 novembre, et la remise des prix de cette édition 2026 se tiendra le 28 novembre à 20h, à la Villa Arson.

13 > 29 nov, lieux divers, Nice, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Monaco, Beaulieu, Mouans-Sartoux, Mandelieu. Rens: ovni-festival.fr

photo : État des lieux des forces en présence © Sacha Rey

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