La puissance créatrice fait son retour

La puissance créatrice fait son retour

L’Espace culturel Lympia, à Nice, avait fermé boutique le 15 mars, en raison du confinement imposé par le Gouvernement. Comme de nombreuses galeries et quelques musées, il a rouvert ses portes il y a quelques jours. L’exposition de Pierre Soulage, La puissance créatrice, est donc à nouveau accessible au public et prolongée jusqu’au 23 août.

Si l’exposition est désormais visible “en vrai”, sur réservation (obligatoire) et avec toutes les mesures de précautions sanitaires que la situation exige, il existe toujours, pour les plus frileux, la possibilité de faire une visite virtuelle à 360° : accès libre et à son rythme à l’ensemble des salles et des œuvres, mais aussi découverte des deux bâtiments historiques classés, le Bagne et le Pavillon de l’horloge, qui abritent l’exposition. Et si vous êtes possesseur d’un casque de réalité virtuelle, la visite est compatible en mode VR !

Nous avions chroniqué cette exposition dans notre n°328 (17 février au 1er mars). Petite piqûre de rappel ci-dessous…

On ne trouvera hélas plus guère d’artiste français de moins de 60 ans encore vivant et jouissant d’une notoriété internationale. Pierre Soulages, du haut de sa centième année, est cette figure de proue d’une génération de peintres à qui l’on n’accorda aucune  succession et, lorsqu’il s’acharna à extraire la profondeur lumineuse du noir, peut-être inconsciemment célébrait-t-il déjà le deuil du grand art français. Pourtant, l’intérêt de l’exposition niçoise, outre la qualité des pièces présentées, réside dans l’illustration de la trajectoire du peintre à travers les influences qu’il subit et toutes les explorations qui lui permirent d’acquérir la pleine autonomie d’une œuvre toujours vivante et cet Outrenoir qui consacra sa célébrité.

Un parcours chronologique réunit donc 72 œuvres de l’artiste, dont 25 peintures et même, fait rarissime, une sculpture. De 1948 à 2008, Pierre Soulages traverse les grands courants de son époque avec toujours cette volonté farouche de traduire au plus près l’essence même de la peinture, la puissance d’une matière, la dignité d’un signe, l’autorité de la couleur. Et en dépit de sa grande diversité, l’œuvre n’a jamais rompu ce fil. L’exposition a le mérite de nous montrer ce cheminement en parallèle avec la présentation de quelques peintures de ceux qui, de près ou de loin, l’accompagnèrent – Manessier, Hartung, Zao Wou-Ki, Atlan, Picasso et tant d’autres.

Comment allier matière et transparence ou faire surgir la lumière dans un ocre ou dans l’extrême du noir ? Comment animer l’espace à partir d’un signe primaire et le confronter à la géométrie ? Ce parcours nous permet d’explorer les solutions originales que l’artiste apporta dans ses peintures, ses eaux fortes, ses calligraphies ou ses affiches. Pour un tel voyage, un guide s’impose. Le poète Léopold Senghor, l’ami qui souvent accompagna le peintre et dont l’œuvre fut illustrée par nombre d’artistes majeurs, est celui dont l’esprit répond aux peintures de Soulages. L’exposition est ainsi jalonnée des traces d’une aura poétique. Pour Pierre Soulages comme pour le poète, voici un chant du feu qui traverse la nuit pour une obscurité chargée d’étincelles. C’est la nuit du temps, une aube primitive d’où va éclore le plein soleil d’un art dans l’accord parfait de la main et de la pensée. L’outil, celui que l’artiste a souvent conçu lui-même, apparaît concrètement dans l’exposition. Mais pour chaque œuvre, son empreinte témoigne du geste premier du corps, de la dextérité de l’artisan, de la perfection d’une œuvre. Nul n’y restera insensible. Une telle unanimité à l’égard d’un artiste fera date en des temps où, pour seule lumière, l’art d’aujourd’hui n’offre parfois plus que des étoiles filantes.

Jusqu’au 23 août 2020, Espace culturel Lympia, Nice
galerielympia.departement06.fr
(photos : vues de l’exposition © Département des Alpes-Maritimes)