De l’émotion à l’imagination avec Nathalie Sternalski

De l’émotion à l’imagination avec Nathalie Sternalski

Habitués du spectacle vivant, vous l’aurez certainement croisée sans le savoir. Tapie dans l’obscurité, c’est derrière son appareil photo qu’elle savoure les spectacles pour en saisir moments forts et impressions personnelles, immortalisant sur le papier un art voué à l’éphémère, celui de la danse.

Nathalie Sternalski sillonne les festivals, les lieux culturels et illustre le travail de plusieurs compagnies de danse. De la pureté du mouvement d’une danseuse à la densité artistique de compagnies comme les Ballets de Monte-Carlo ou les Ballets Jazz de Montréal, chacun des spectacles auxquels elle assiste lui offre la possibilité de rendre inoubliable une vaste palette d’émotions toujours renouvelées. Que ce soient de grands ensembles captés pour leur esthétisme comme le choix de l’intensité d’un regard ou la puissance d’un geste, “il y a toujours quelque chose d’intéressant à saisir, car c’est du spectacle vivant“. Au côté du spectateur, mais l’œil rivé dans le viseur, elle part à la recherche de l’image qui fait écho à son ressenti. Et c’est justement cette profonde authenticité humaine que l’on ressent en regardant les photographies de Nathalie Sternalski.

Alors que l’on s’interroge encore quant à l’avenir des conditions d’expression du spectacle vivant, la photographe prend le temps de développer un travail qui lui tient à cœur et qu’elle a initié il y a quelque temps : revisiter certaines de ses photographies en les travaillant de manière plus artistique, passant ainsi de la représentation d’une émotion à une recherche plasticienne. Pour développer cette nouvelle approche, elle a renoué avec des procédés anciens remontant au 19e siècle. Elle a dans un premier temps créé un atelier comportant une chambre noire et une salle d’exposition permettant de présenter son travail au public et d’échanger avec lui. C’est à cette période qu’elle a commencé à s’intéresser à des procédés tels que le platine palladium. Cette technique, apparue aux alentours de 1880, a longuement été utilisée, car elle permettait de faire ressortir des tons chauds avant d’être laissée de côté pour laisser place à des modes de tirages plus rapides et plus économiques. C’est le photographe américain Irving Penn qui en a redécouvert toute la beauté et l’a remise au goût du jour dans les années 1950-1960. Formée à ce procédé, Nathalie a donc repris quelques-unes de ses propres images afin de leur donner une nouvelle intensité, mais aussi leur assurer une pérennité.

En quête d’autres imaginaires

Pour recréer des images, la photographe utilise également d’autres procédés tels qu’un travail de recherche autour de l’argyrotypie qui permet de produire des images quasiment indestructibles tout en multipliant les types de supports qui peuvent être le tissu, la pierre ou le bois s’apparentant ainsi à un travail entre gravure et photographie. La gomme bichromatée est quant à elle un procédé très lent issu de l’utilisation combinée de la gomme arabique et de pigments. La création de l’image se fait en plusieurs étapes, patiemment et minutieusement : les couches viennent se superposer progressivement jouant des effets des ultraviolets. Elles sont retravaillées à l’aide d’un pinceau ou d’une pipette. Délicatement, l’image se recompose pour un rendu final qui sera unique. “Au départ, je choisis mon image en fonction de quelque chose qui m’interpelle et qui va stimuler mon imaginaire. La gomme bichromatée est un procédé qui donne un aspect poétique. En utilisant des pigments différents de ceux de l’image d’origine, je crée d’autres imaginaires.” Chaque image recomposée, quelle que soit la technique choisie, lui demande de nombreuses heures tant au niveau de la préparation que de la réalisation. Ainsi, par le jeu de superposition de couches, un tirage en gomme bichromatée peut nécessiter une semaine de travail. La photographe avoue d’ailleurs que ce qu’elle aime, c’est cette lenteur, ce travail minutieux. Un véritable art de faire !

Quelques-unes de ses gommes sont actuellement exposées à l’Atelier d’Encadrement SP à Mandelieu.