Tandem : « On apprend de nouveaux métiers »

Tandem : « On apprend de nouveaux métiers »

Libérez vos oreilles” annonçait le slogan de la saison hiver de Tandem… C’est chose faite puisqu’après une vingtaine de showcase Tandem Live Sessions, ce mercredi 24 mars, l’association varoise lance son premier Livestream, en compagnie du Minimum Ensemble, quasiment un an jour pour jour après le début du premier confinement et la diffusion de ce qui fût le tout premier concert en streaming de l’ère Covid. L’occasion pour nous de revenir sur une année de bouleversements pour cette SMAC (Scène de Musiques Actuelles Conventionnée) qui a dû totalement se remettre en question.

Il y a quelques semaines, notre cher Ministre de la Culture annonçait de nouvelles mesures concernant les festivals d’été : ce sera 5000 personnes maximum, et surtout assises ! Autant vous dire que pour des structures comme Tandem qui proposent essentiellement des concerts rock, électro, chanson, reggae, bref des concerts de musiques actuelles, donc en configuration debout, la nouvelle a été accueillis avec circonspection. Qu’en sera-t-il de la saison prochaine ? Un calendrier de reprise est-il envisagé ? Avec quel protocole ? Autant de questions qui restent à ce jour sans réponses et qui ne rassurent pas le secteur. Nous avons échangé avec Cyrielle Nacci-Mesnier, chargée de communication de la SMAC varoise, sur la façon dont l’équipe a traversé cette période, sur les outils mis en place pour poursuivre leurs activités, sur leurs projets…

Cyrielle Nacci-Mesnier, chargée de communication © FB Tandem Smac

Ça fait maintenant un an que la Culture galère… Comment Tandem a vécu l’année qui vient de s’écouler ? 

Ça a été un petit peu les montagnes russes. Comme tout le monde, le premier confinement nous a un peu pris de court… Je pense qu’à l’époque on a été très optimiste, en tout cas plus qu’aujourd’hui. On a l’habitude de travailler dans des endroits différents, alors on s’est très vite organisé en interne. Très très vite, on a travaillé sur des reports, sur l’organisation de la saison d’automne. On était très optimiste, ça nous tenait un petit peu en fait. Mais avec l’arrivée de l’été et les vagues de touristes qui débarquaient, on a très vite compris que la rentrée serait compliquée…
On a quand même réussi à faire quelques concerts en septembre, avec les distanciations sociales de rigueur. Mais dès octobre, le festival Rade Side a été amputé en grande partie, parce que c’était des concerts debout, parce que c’était du rock et que ça ne peut pas se vivre assis. Là, ça a vraiment été un 2e coup dur… Je pense qu’à ce moment-là, on a tous compris que ça ne serait pas aussi simple que ce qu’on avait prévu… Alors dès le mois d’octobre, on a commencé à travailler sur le projet 2021 en se disant que de toute façon la situation allait durer.
À Tandem, on a également une contrainte importante : nous n’avons pas notre propre salle de concert… Du coup, on ne peut pas rebondir comme on veut, en se disant qu’on va rouvrir pour des résidences ou autres… On a donc décidé de retravailler le projet de diffusion et d’accompagnement autour de cette contrainte, en collaboration avec ceux qui ont des lieux, avec nos partenaires. Fin novembre, on a réussi à sortir un projet 2021 qu’on a remis à nos tutelles, dans lequel on mise beaucoup sur la vidéo : les livestream, les clips, pour pouvoir continuer à accompagner les artistes et à nous donner une visibilité auprès du public.
On fait aussi beaucoup d’actions culturelles et de formations professionnelles. On développe énormément ce soutien au secteur professionnel depuis maintenant 3 ans, on a d’ailleurs mis en ligne un nouveau site dédié, récemment. On a pas mal de demandes. Concernant les actions culturelles, tant que les écoles sont ouvertes, on peut continuer à travailler, même si on doit adapter les offres aux normes sanitaires. On fait notamment des ateliers en ligne de musique assistée par ordinateur (MAO), on est aussi en train de travailler sur nos concerts pédagogiques dans des versions vidéo, ce qui n’est pas évident du tout ! Car ce qui se vit en live lors d’un concert, on peut réussir à l’adapter en travaillant avec les artistes. Pour les concerts pédagogiques, en revanche, c’est beaucoup plus difficile de trouver le juste format, puisqu’il y a du contenu pédagogique, des incrustations vidéo, des interventions…
On apprend de nouveaux métiers, en fait ! (rires) On fait beaucoup de réalisations vidéo, de tournages. Ça nous tient, parce que ça fait partie des choses pour lesquelles on arrive à aller jusqu’au bout. Le plus dur en ce moment, c’est vraiment de « faire » et ensuite d’annuler… Personnellement, j’ai quand même travaillé sur deux programmes, que j’ai fait imprimer, que j’ai sortis, et que j’ai ensuite jetés…
Bref, c’est vraiment une autre organisation. Je dirais même que toute la filière des musiques actuelles n’avait pas vraiment anticipé tout ça. C’est une période vraiment difficile parce qu’on ne voit pas d’issue pour l’instant, on ne voit pas quand on va pouvoir reprendre une activité « normale ».

Tu évoques l’absence de salle de concert propre. Cette crise sanitaire a-t-elle provoqué une réflexion autour de ce problème de lieu ?

Depuis les débuts de Tandem, la question de la salle fait partie des projets. Ce n’était pas un choix au départ de ne pas avoir notre propre lieu. C’est vrai qu’au début on avait une grosse convention avec l’Oméga Live, qui pour plein de raison s’est réduite petit à petit… Du coup, ça nous a poussé à adapter notre projet et à faire de notre « nomadisme » une force. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, avec ce qu’il se passe, on a touché du doigt le fait que ce n’est pas possible de fonctionner comme ça. Finalement, dès qu’il y a un grain de sable dans les rouages, ça ne fonctionne plus…
Aujourd’hui, par exemple, on a notre studio de répétition qui est dans les locaux du Comité Officiel des Fêtes de Toulon. Eh bien, pendant le 2e confinement, on a appris que les locaux ne rouvriraient pas tout de suite, parce qu’ils allaient faire des travaux pendant 2 ans ! Donc tu te retrouves d’un coup sans studio de répétition, et tu ne peux plus accueillir les groupes en répétition ou en résidence. Notre studio d’enregistrement, quant à lui, se trouve dans les locaux du conservatoire de la Seyne : eh bien, si le CNR décidait de ne pas rouvrir pour une raison ou une autre, ce serait compliqué…
On est vraiment tributaire de nos partenaires. On se rend compte que l’efficience de notre projet et la pérennisation de nos activités, qui répondent à un cahier des charges précis, peuvent vite être menacées. Donc oui, avoir notre propre lieu est un projet dans les années à venir. Mais là, pour pallier au plus urgent, on a déjà loué un nouveau local de répétition qu’on est en train de mettre aux normes et qu’on pourra ouvrir aux groupes très rapidement, avant l’été.

À l’annonce du premier confinement, le groupe Ultra Vomit, qui était en balances, avait alors décidé de rendre accessible son concert sans public sur le web. Ce fût sans doute le tout premier concert en ligne du confinement en France ! Raconte-nous…

C’était un peu fou ! (rires) Au moment où le groupe arrive, on savait plus ou moins à quelle sauce on allait être mangé. On s’en doutait, parce que cette semaine-là, on avait aussi le Festival Z, dédié au jeune public, et l’on avait déjà dû annuler des séances scolaires parce que les établissements ne pouvaient plus sortir. On s’était dit alors : s’ils commencent par là, ça ne va pas s’arrêter « en si bon chemin ». Du coup, on s’attendait vraiment à quelque chose même si on ne voulait pas y penser sérieusement. Et le jour où Emmanuel Macron a parlé, où il a interdit les événements de plus de 100 personnes, je crois, juste avant d’annoncer le confinement total, le groupe était en pleine balance ! Alors très vite, le groupe a dit : « On est là, on est installé, on a fait les balances, alors autant jouer ! » Toute l’équipe, les techniciens, se sont dit « ok, on le fait ! » Alors, directement après les balances, dans l’après-midi, ils ont enregistré le live. Ils ont ensuite passé la nuit à faire le montage du concert, et lendemain, on sortait ce concert sur les réseaux ! Et effectivement, ça a été le tout premier live du premier confinement…

Depuis lors, vous avez diffusé sur le web une vingtaine de Tandem Live Sessions. Et le 24 mars, le Minimum Ensemble inaugurera un nouveau format : les Livestream…

Les Tandem Live Sessions sont constituées de 1, 2 ou 3 morceaux, avec plusieurs plans montés, quelques mots de l’artiste… Mais à un moment, on s’est dit qu’on aimerait bien avoir une activité de diffusion, un truc vraiment plus « live », quelque chose de différent, même si ces Livestream sont tout de même enregistrés et diffusés en différé. On avait envisagé de les faire en direct, mais ça posait pas mal de contraintes, notamment concernant le lieu : il faut avoir absolument une super connexion filaire pour pas que ça bug. Et comme c’est tout nouveau pour nous, tout le monde préférait avoir un filet de sécurité… Il y a la question de la qualité aussi : là, on a la possibilité de faire un mix audio. En revanche, tout est filmé dans les conditions live, il n’y a qu’une seule prise. On a donc développé sur notre site internet un accès commercial pour ces concerts, moyennant 5€. Ça nous permet au moins de pouvoir continuer à proposer des choses au public !
Ce qui est intéressant avec le premier Livestream, c’est que le Minimum Ensemble est un projet pensé pendant le confinement et envisagé pour pouvoir jouer sans public. Il y a une vraie mise en scène : les musiciens ne sont pas sur les planches, ils s’emparent de l’espace offert par l’Église Anglicane où a été enregistré le concert. Il y a une vraie scénographie, avec des transitions constituées de podcasts, pour éviter les blancs où on a habituellement le public qui applaudit. Je pense que c’est vraiment une valeur ajoutée, ça se vit autrement qu’un live classique.

Tu évoques une diffusion de podcasts lors des transitions du concert du Minimum Ensemble. Peux-tu nous en dire plus ?

Minimum Ensemble est en fait un projet de Martin Mey. Il fait partie de la coopérative musicale Grand Bonheur à Marseille, qui a sorti une compilation (ndlr : LESSISMMMORE, sortie sur le label marseillais IN/EX à l’automne dernier) où tu peux entendre Oh! Tiger Mountain reprendre un morceau de Martin Mey, lui-même reprendre du Nevché, etc. L’idée, c’était de faire un truc un peu « chorale ». Martin est ensuite parti de cette compilation pour imaginer un podcast : L’Envers de la Pochette. On y retrouve des interviews des différents artistes expliquant leur processus de création, ce qui les inspire, etc. Minimum Ensemble, c’est donc le live issu de cette compilation, où l’on retrouvera des passages de ce podcast dans un design sonore imaginé par Gaël Blondeau, qui fait partie du groupe Ghost of Christmas. Le concert du 24 mars est donc vraiment plus qu’un simple concert. Ceux qui ne connaissent pas le lieu pourront aussi découvrir l’Église Anglicane de Hyères qui est vraiment magnifique. Quant à l’absence de public, cela a permis de se libérer de la « contrainte » frontale de la scène, et ça donne quelque chose de vraiment intéressant.

Tandem vient d’annoncer le maintien du festival Faveurs de Printemps, qui sera lui aussi en Livestream…

Oui, mais le format évolue en conséquence. Ce sera chaque vendredi pendant trois semaines : les 16, 23 et 30 avril. Rendez-vous donc à 20h30 sur notre plateforme, toujours moyennant 5€, pour voir deux groupes à chaque fois. On attaquera le 16 avril avec Violet Arnold, une chanteuse parisienne qu’on avait découverte lors du dernier festival Rade Side. Elle proposait un alors un ciné-concert qui s’appelait Oco, The Bear. Une très belle voix, à mi-chemin entre la puissance des chanteuses nordiques et la clarté des chanceuses folk en quelque sorte. Lui succédera Queen of the Meadow, le projet de la jeune chanteuse Helen Ferguson, accompagnée de Julien Pras qu’on avait déjà reçu à Faveurs de printemps. Cette première captation sera réalisée entièrement à l’Église anglicane.
La seconde soirée, le 23 avril, sera captée au Théâtre Denis. On aura La Féline, qui était déjà prévue à Faveurs de printemps 2020 et à Faveurs d’automne, et en 1e partie, Tristen, un artiste montpelliérain qui connaît bien La Féline puisqu’ils ont fait un featuring ensemble sur son dernier album. Sur cette soirée, on sera entre la chanson et l’indie pop.
Le dernier soir, le 30 avril, on aura Crumble Factory, initialement prévu sur notre saison d’automne à la Bière de la Rade, puis en tête d’affiche, The Feather. C’est le projet solo du Belge Thomas Médard. Crumble Factory sera capté au théâtre Denis, alors que The Feather, pour des raisons de restrictions dues à la Covid, va réaliser depuis la Belgique une captation qu’on diffusera.¢

En parlant de restrictions, les festivals d’été devront se tenir avec une jauge maximale de 5000 personnes assises, a annoncé Roselyne Bachelot. Des mesures qui reflètent une vision quelque peu bourgeoise de la culture, car ce sont une nouvelle fois les jeunes qui trinquent, privés à nouveau de concerts et de festivals rock, électro… Vous, à Tandem, qui programmez essentiellement des concerts debout, qu’attendez-vous du Gouvernement pour le secteur des musiques actuelles ?

Pour l’instant, on attend les résultats des fameux concerts tests de Paris et de Marseille. Un point doit être fait début avril, si je ne me trompe pas, puisque les concerts doivent se dérouler en mars. Donc, on attend, mais on n’y croit pas vraiment… On n’y croit plus en fait. Notre ministre annonce des choses en sachant très bien que tout peut encore changer d’ici là… Nous, on a une programmation de saison, de septembre à juin, essentiellement en intérieur. Alors c’est vrai qu’on envisage de composer une programmation en extérieur, mais c’est délicat parce qu’on ne veut pas non plus marcher sur les plates-bandes des copains, qui eux aussi attendent de pouvoir recommencer.
Si la période qu’on vit actuellement nous a appris une chose, c’est de ne plus se projeter en fait. On apprend, puis on agit, au jour le jour… Pour l’instant, on a encore des choses qui sont programmées pour le mois de mai, et on annulera au dernier moment s’il le faut. De toute façon, le public est habitué maintenant, il est un peu comme nous, parfois dépité. Il n’y a plus vraiment d’attente, c’est assez étrange, et ça va être difficile à gérer aussi, quand tout va reprendre vraiment !

Ça va être compliqué de répondre à ma question, vu ta dernière réponse ! Mais, au crépuscule de cette saison 2020-2021, comment Tandem envisage la saison prochaine ?

Je peux te dire que le programme est déjà plein ! On a à cœur de respecter nos engagements, et comme ça fait un an qu’on programme des groupes puis qu’on les déprogramme, on a choisi de conserver les contrats signés pour reporter les concerts à l’automne. Si tu veux, tout ce qu’on n’a pas pu faire depuis un an est globalement reporté sur la saison 2021-2022, et je sais que c’est pareil pour tout le monde, les théâtres, les SMAC… On voit d’ailleurs que les grosses tournées, les gros groupes, commencent à annoncer des dates pour le printemps 2022, parce qu’il n’y a plus de place à l’automne. Il y a clairement un risqued’embouteillage, puisqu’aujourd’hui les artistes continuent de créer, mais sans présenter leurs spectacles… Et c’est compliqué ensuite pour les artistes de repartir sur la tournée d’un ancien album, alors certains passent à autre chose.

PROCHAINS LIVESTREAM TANDEM
24 mars 20h30 : Minimum Ensemble
2 avril 20h30 : The Po’Boys
16 avril 20h30 : Queen of The Meadow + Violet Arnold
23 avril 20h30 : La Féline + Tristen
30 avril 20h30 : The Feather + Crumble Factory

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