Anges et cygnes face à la noirceur du monde

Anges et cygnes face à la noirceur du monde

Plus que quiconque, Muriel Mayette-Holtz attendait cette nouvelle saison, car l’heure est venue pour elle de partager pleinement tout ce qu’elle a conçu et programmé pour partir à la rencontre du public du Théâtre National de Nice dont elle a pris la direction en novembre 2019, seulement quelques mois avant le début de la pandémie de Covid.

Comédienne et metteure en scène, sociétaire de la Comédie Française, cette femme de théâtre fait d’entrée preuve d’ouverture vers toutes les formes de spectacle vivant en mettant le mouvement à l’honneur pour ouvrir cette nouvelle saison. Car il peut arriver que les mots soient inutiles. Tel est la force du spectacle La chute des anges, imaginé par Raphaëlle Boitel. L’univers dystopique dans lequel le public est plongé ne laisse aucun doute quant à son interprétation : des êtres évoluent comme des automates, vidés de leur humanité ou chargés de désespoir, dans la noirceur d’un monde sans lumière. Mais il suffit parfois d’un regard différent pour se redéfinir et comprendre que la lueur de l’espoir est finalement au plus profond de chacun de nous. C’est hypnotique, envoûtant, magnétique tant ces anges, qui ne parviennent pas à prendre leur envol, semblent nous renvoyer à notre propre monde. La portée de ce spectacle tient dans sa beauté poétique autant que dans la force de son mes-sage qui met en évidence que rien n’est définitif dès lors qu’on trouve la volonté en soi de changer les choses.

La seconde pièce programmée par Muriel Mayette-Holtz nous rappelle que la noirceur du monde évoquée par Raphaëlle Boitel n’est pas propre aux projections que nous faisons du monde futur. Le Lac des cygnes, qui est né au 19e siècle, offrait déjà la vision d’un monde fait de duperies et de manipulations. La version signée d’Angelin Preljocaj séduit par la légèreté et la poésie de sa chorégraphie, mais n’écarte pas pour autant l’engagement de l’artiste. Il a souhaité repositionner l’histoire dans le contexte sociétal actuel, transformant le prince en héritier d’un empire financier et plaçant le lac au cœur d’une urgence écologique. Tout au long de la pièce, le monde du lac, chargé de beauté et de mystère, se confronte au monde de la ville et de l’industrie. L’opposition de ces deux mondes est également l’opportunité pour les danseurs d’interpréter une partition chorégraphique toute en nuance, alternant puissance des mouvements et fragilité dans l’interprétation. Une nouvelle fois Angelin Preljocaj aborde l’un des grands thèmes du répertoire classique avec audace et sensibilité.

La chute des anges, 15 & 17 sep 20h, 16 sep 19h30 / Le Lac des Cygnes, 30 sep 19h30, 1er & 2 oct 20h. Théâtre National de Nice. Rens : tnn.fr

(photo Une : Le Lac des Cygnes © Jean-Claude Carbonne)

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