Dessiner l’invisible

Dessiner l’invisible

Ce n’est pas toujours la main qui guide la trame du dessin ou la pensée qui préside à son exécution. La nature elle-même, les mouvements qui l’animent, les jeux de l’ombre et de la lumière, le souffle du vent ou les fluctuations de l’espace et du temps suffisent à élaborer des formes dont l’artiste recueille précieusement la trace. Bernard Moninot est ce poète qui façonne l’invisible par Le dessin élargi, titre de son exposition présentée à la Fondation Maeght.

La feuille de papier n’est alors plus le miroir du monde de même que les profondeurs abyssales de l’univers apparaissent déjà comme un défi à la volonté de représentation. Aussi Bernard Moninot, par des dispositifs ingénieux reliant tous les fils du dessin, de la peinture, de la sculpture et de l’installation, saisit-il en plusieurs dimensions l’empreinte des phénomènes qui agissent sur le monde.

Il faut de la délicatesse, de la précision dans ce geste pour recueillir ce qui nous relie à l’infini. Et comment dessiner un son, traduire visuellement l’écho dans la montagne qui lui en assure son amplification ? Dans une Chambre d’écho, l’artiste explore les phénomènes vibratoires sur des paysages montagneux imaginaires dont il propose une grammaire fictive pour une gamme de sensations que l’œuvre déploie en s’ouvrant à la mémoire dont elle émane.

Jeux de miroirs et dispositifs sonores répondent ici aux mots de René Char : « Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri. » Car cette façon de se relier à l’indicible et à l’immatériel, c’est aussi la possibilité de toucher au plus près à la dimension tragique de l’humain et à la barbarie : Le cri du silence.

D’autres séries d’œuvres telles que les Sculptures de silence ou La mémoire du vent sont autant d’hommages à l’humilité face aux vertiges de l’univers. Bernard Moninot est un poète de la science ; il dessine les pulsations du monde et nous immerge dans sa charge émotive. Mirages et rêves, fragments du réel sont autant d’éléments qui parlent de notre condition humaine. L’artiste leur confère une parole et restitue un langage dont nous tentons de saisir l’indéfinissable. Il y a les lignes indéchiffrables, les couleurs, les transparences et les reflets. Et la figuration du vide et de l’absence au cœur de la lumière. Il y faut là beaucoup d’âme et de force. Se mesurer au monde telle est l’épreuve de l’artiste et Bernard Moninot fournit une réponse, par le seul émerveillement, à la phrase de Pascal: « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »

De fossiles en forme d’étoiles jusqu’aux constellations du ciel, c’est tout un univers qui adhère aux pigments, au verre, au métal ou au noir de fumée. Ainsi va le monde de Bernard Moninot et l’espace de la Fondation Maeght lui assure toute sa splendeur.

Jusqu’au 12 juin, Fondation Maeght, Saint Paul de Vence. Rens: fondation-maeght.com

photo Une : Bernard Moninot, Horizon V, 1997, Acrylique et encre sur papier préparé avec bleu improbable, 31 x 43 x 2,5 cm © Bernard Moninot / ADAGP Paris (2022)

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