Plantu: le trait, l’esprit

Plantu: le trait, l’esprit

À Antibes, l’exposition Plantu, Morceaux choisis, présentée au Musée Peynet et du dessin humoristique, propose une centaine de tirages des dessins et documents significatifs du célèbre Plantu, tel un retour en image sur la magistrale carrière du dessinateur.

Après y avoir sévi près de 50 ans, celui que l’on pensait inamovible à la Une du journal Le Monde, a refermé son tiroir rempli de ces feutres insolents et malicieux qu’il dégainait pour croquer à chaud l’actualité, les hommes, les femmes politiques et autres dits puissants de la planète. Né le 23 mars 1951 à Paris, état civil Jean Plantureux, ce maestro du dessin de Presse a sorti son dernier exercice le 31 mars 2021. Le premier, il l’avait publié en octobre 1972 et déjà y figurait sa fameuse colombe qui s’envole en tenant un point d’interrogation dans le bec, pour évoquer l’avenir incertain d’un Vietnam plongé dans la guerre. L’art de dire en trois coups de crayon, c’est la patte de Plantu, penseur d’images tout en sobriété, mais prégnantes et durables dans nos esprits. Et toujours, le rire au détour d’une situation complexe comme pour en alléger le poids dramatique ou son inextricable complexité.

Fin des années 1980, apparition de la facétieuse petite souris dans son vocabulaire graphique. Plantu ou l’art subversif de la gentillesse : « C’est une petite souris qui est venue d’un manque de liberté d’expression. Une directrice artistique faisait la pluie et le beau temps au journal et avait viré deux dessinateurs… J’ai écrit une lettre. Elle ne répondait jamais. J’ai fait d’autres courriers. Comme c’était des courriers de plus en plus durs, je me dis pour essayer d’adoucir les choses, je vais rajouter un petit truc : j’ai fait une petite souris. Une souris, ça énerve… C’est gentil, mais ça énerve… Et comme elle ne répondait toujours pas, la petite souris évoluait. À la fin, elle était plus agressive. Il y avait un petit côté : Tu vas me répondre connasse ? » Et de poursuivre, avec cette même verve: « Ce qu’il y a de bien dans le dessin c’est que les mots y sont, mais ne sont pas écrits ! Je me suis rendu compte que cette petite souris était une sorte de petit médiateur qui me permettait de dire des choses… Le dessin est une bonne manière de dire des choses qu’on n’est pas capable de dire par la bouche, ou qu’on n’a pas envie de dire par la bouche. Elle peut être forte cette petite souris parce que je la regarde avec un œil extérieur… Il y a de la violence, mais que je déguise avec un dessin qui donne le sentiment de douceur. On accepte le dessin alors qu’on n’acceptera jamais les mots que j’ai envie de dire…« 

L’Éditorial en caricature, un film réalisé par le fils de l’artiste, Julien Plantureux, à découvrir dans cette exposition, propose d’ailleurs une approche extrêmement instructive sur le travail de son père au quotidien. En 50 ans d’exercice, Plantu aura rendu plus de 20 000 fois sa copie. Mais vous aurez déjà largement de quoi faire, et rire (!) avec la centaine d’œuvres exposées à Antibes.

9 juil au 6 nov, Musée Peynet et du dessin humoristique, Antibes. Rens: antibes-juanlespins.com

photo : Plantu, Tous à Antibes, 2022 © Jean Plantu