D’un art programmatique au numérique

Re-Na, 1968-1974, acrylique sur toile, 180x180 cm, Collection d’Art Renault Group © Adagp, Paris, 2023 – Collection d’Art Renault Group / photographie Georges Poncet

D’un art programmatique au numérique

« L’art des privilégiés doit devenir l’art de la communauté« , avait un jour déclaré le célèbre plasticien hongrois Victor Vasarely. L’Espace culturel départemental Lympia inaugure cet été la première exposition niçoise dédiée à cette figure pionnière de ce qui deviendra l’Op Art, avec un ensemble d’études et de peintures de l’artiste.

Linfluence de cet immense artiste demeure encore aujourd’hui dans la mode, le design, le graphisme et l’architecture. Une influence telle que six autres plasticiens ont été conviés par le Département des Alpes-Maritimes à dialoguer avec l’œuvre de Vasarely: Daniel Canogar, Miguel Chevalier, Pascal Dombis, Dominique Pétrin, Sabrina Ratté et Flavien Théry. Ceux-ci permettent de souligner la dimension avant-gardiste de l’œuvre de Vasarely, qui a su se faire une place déterminante dans l’histoire de l’art.

Surnommé le pape de l’abstraction géométrique, ou encore le père de l’art optique (Op Art), Vasarely prône un art à partager, à transmettre plutôt qu’un réservé à l’élite, inaccessible. “Il faut créer un art multipliable. Que mon œuvre puisse être reproduite au kilomètre, par n’importe qui… À une civilisation mondiale doit correspondre un langage plastique mondial, simple, beau et acceptable par tous”. Précurseur au regard neuf sur le monde, il joue entre modernité et avancées technologiques afin de nourrir son imaginaire et construire une œuvre inclassable, qui nous “cueille” au premier regard. En effet, le plasticien considère la culture et l’art comme des leviers fondamentaux du mieux vivre ensemble. Son œuvre prend soin de préserver l’héritage naturel et culturel, tout en faisant prospérer le meilleur de la modernité. On le constate avec son Alphabet, breveté en 1959, de 30 formes et 30 couleurs permettant des compositions picturales multiples. Cette œuvre s’inscrit dans une ère de la multiplicité : le tableau originel devient un prototype à décliner sous différents médiums et dimensions. 

Vasarely adopte ensuite une démarche abstraite lorsqu’il commence à côtoyer la galeriste Denise René, une rencontre qui va bouleverser sa carrière. Entre cubisme, surréalisme et figuration stylisée, l’artiste trahit sa fascination pour les sciences exactes et la mécanique. Ses influences se cristallisent lors de l’exposition Le Mouvement en 1955, avec comme têtes d’affiche Calder, Duchamp, Jacobsen et Tinguely. Lors de l’arrivée de la guerre froide, il manie le noir et le blanc en écho à la vision d’un monde bipolaire. Dans les années 60, Vasarely comprend que le temps est à la reconstruction : l’art doit s’intégrer à la ville. Alors il multiplie projets d’intégration picturale, dans un élan contre la laideur des constructions d’architectes peu soucieux. Il imagine notamment la construction de la Cité polychrome du bonheur, un lieu où l’on prépare l’avenir de l’art. Un art dit « programmable », qui n’est plus réservé aux élites. 

Après Giacometti, Depardon et Soulages, les saisons passées, l’Espace Lympia met donc à l’honneur le chantre de l’art numérique et engagé, Vasarely. Une exposition qui constitue l’une des nombreuses propositions du Département des Alpes-Maritimes, en sus des Soirées Estivale, puisqu’on retrouvera aussi Tatouages du monde flottant (1er juil au 3 déc) au musée des arts asiatiques, Hors du temps de Mathilde Oscar (jusqu’au 31 aou, voir article ci-contre) à la Micro-Folie départementale à Nice, ou encore Eclairer et transporter (jusqu’au 29 déc) aux archives départementales à Nice… Autant d’événements qui témoignent de la solidarité de la collectivité à garantir l’accès à la culture au plus grand nombre et sur tout le territoire, à l’image de la volonté d’un certain Vasarely.

17 juin au 22 oct, Espace culturel départemental Lympia, Nice. 
Rens: espacelympia.departement06.fr
photo: Re-Na, 1968-1974, acrylique sur toile, 180×180 cm, Collection d’Art Renault Group © Adagp, Paris, 2023 – Collection d’Art Renault Group / photographie Georges Poncet