Edmond Cross : « Le plus beau pays du Monde »

Edmond Cross : « Le plus beau pays du Monde »

L’été s’invite au Musée de l’Annonciade à Saint-Tropez et à la Villa Théo au Lavandou, pour une double exposition intitulée Henri-Edmond Cross, dans la lumière du Var, autour des œuvres fleuries et colorées de l’artiste français.

Peintre, dessinateur et aquarelliste, Henri-Edmond Cross est un des acteurs principaux du néo-impressionnisme et de la libération de la couleur. Il s’installe dans le Var en 1891 et devient pionnier dans l’inspiration des paysages varois, aux côtés de Georges Seurat, Paul Signac et plus tard Henri Matisse. 

Au Musée de l’Annonciade, le parcours consiste en une cinquantaine d’œuvres célébrant le Var. Depuis les premiers paysages néo-impressionnistes jusqu’aux œuvres éclatantes de couleur et de sensualité, l’exposition retrace le parcours de l’artiste et son histoire d’amour avec la végétation et les embruns varois. “Je persiste à croire que ce pays est le plus beau du monde”, dit-il, au sujet de la lumière et des couleurs du Var. Installé à Saint-Tropez, il croque la plage de la Vignasse, la calanque des Antibois, la plage de la Galère… Parfois, une nymphe ou une baigneuse s’insère dans le paysage lyrique. On reconnaît le corps nu relié par des petites touches de couleurs juxtaposées, selon la technique de division des tons. Son coup de pinceau se libère avec les années, impulsé par un enrichissement thématique, du paysage pur à l’exaltation du nu dans la nature. Les toiles vibrantes de couleurs offrent une nature dense, compacte et exubérante à l’œil du spectateur. Véritable chantre de la lumière et des couleurs, Cross réalise une mélodie, une ode à la nature méditerranéenne. Son œuvre est un poème, chaque point de couleur est un vers travaillé et séduisant, l’ensemble donne une symphonie unique. 


Bateaux amarrés (Cap Nègre), 29,5 x 46 cm © Collection particulière – Courtesy Galerie de la Présidence – Paris

Pour réussir au mieux ce projet d’exposition, le musée tropézien s’est assuré le concours de Marina Ferretti, spécialiste du néo-impressionnisme, et celui de la ville du Lavandou, grâce à Raphaël Dupouy, responsable de la programmation à la Villa Théo, où il réunira 80 œuvres sur papier, dont certaines préparatoires à des toiles majeures. C’est en 1893 que l’artiste fait construire une maison non loin des plages de la Cité des Dauphins. Dans sa période la plus féconde, il pousse ses recherches et laisse épanouir son art au gré de son imagination, notamment par l’usage du dessin et de l’aquarelle à partir de 1903. Cross voyage alors peu, mais côtoie de nombreux amis, parmi lesquels Matisse où Signac avec qui il devise sur les couleurs. N’ayant de cesse de crayonner sur ses carnets, ce « poète de la teinte » est inspiré par les paysages méditerranéens ou les modèles féminins qu’il fait poser dans les sous-bois. Ce versant intime de l’art de Cross permet de plonger dans un aspect plus sensible de cette figure trop méconnue du néo-impressionnisme. 

Adepte de la philosophie de Nietzsche et du célèbre ouvrage le Gai savoir, le peintre admet qu’il faut apprendre à percevoir la beauté malgré la misère de notre humaine condition. Il représente ce qui donne envie de se réjouir. Henri-Edmond Cross se contentera simplement d’ouvrir la voie au fauvisme, à cause de sa mort prématurée en 1910, mais connaîtra un succès international grâce au lyrisme puissant de son œuvre. Il sera inhumé au cimetière du Lavandou, comme le fut son ami Théo Van Rysselberghe – qui donnera son nom au centre d’art du Lavandou – quelques années plus tard. 

Surnommé « père de la modernité », Cross est représentatif du mouvement pointilliste, qui bouleverse les représentations picturales habituelles. Et cette double exposition est telle une invitation à « se retirer dans le désert, au bord de la mer« , pour reprendre les mots adressés par Signac à Besson dans une correspondance.

10 juil au 14 nov, Musée de l’Annonciade, Saint-Tropez. Rens: saint-tropez.fr
8 juil au 30 sep, Villa Théo, Le Lavandou. Rens: villa-theo.fr

photo Une: La Baie de Cavalière, 1906-1907, huile sur toile © Collection musée de l’Annonciade, Saint-Tropez

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