28 Juin Réhabiliter la mémoire… enfin
19e siècle: deux mondes en totale contradiction se côtoient. D’un côté, la ville de Cannes qui commence à entrevoir le potentiel que lui apporte sa position balnéaire ; de l’autre, l’île Sainte-Marguerite qui fut le théâtre d’une répression terrible de milliers de personnes maghrébines. Voilà le point de départ de l’exposition Prisonniers en Terre d’exil, présentée au Musée du Masque de fer et du Fort Royal.
C’est lors de la conquête de l’Algérie par la France que plus de 3 000 hommes, femmes et enfants furent emprisonnés au Fort Royal, entre 1841 et 1884. Parmi eux, 274 périrent et reposent désormais anonymement sur la côte nord de l’île. L’exposition présentée cet été, et sous-titrée L’île Sainte-Marguerite au temps de la conquête de l’Algérie, 1841-1884, a pour objectif de réhabiliter ces victimes collatérales du « conflit » entre la France et l’Algérie, lors de la colonisation, en retraçant leur histoire et en sensibilisant le public à la symbolique du lieu.
L’accent sera particulièrement porté sur le contenu scientifique proposé. Le site a d’abord fait l’objet d’une étude minutieuse par des spécialistes, ainsi que d’un colloque universitaire afin d’élaborer le parcours de cette exposition. Tous les documents ou preuves attestant de la vie des prisonniers ont tous été examinés par un comité composé de 3 experts, conférant une vision réaliste et immersive à l’événement. Ils permettront aussi aux visiteurs de comprendre le contexte historique de l’époque ainsi que celui dans lequel se trouvait la ville de Cannes. Tous les documents, œuvres d’arts et autres photographies présentés sont issus de plusieurs fonds d’archives et de collections publiques ou privées. Certains d’entre eux sont même des originaux inédits, comme les photographies de prisonniers de Jean Walburg de Bray. Bien entendu, l’art aura aussi toute sa place et rendra hommage aux disparus grâce aux œuvres du dessinateur et auteur de BD Jacques Ferrandez, né à Alger, et du photographe Franck Pourcel, qui questionne dans ses travaux les rapports que l’homme entretient avec son territoire ; tous deux passionnés par l’Algérie et les cultures méditerranéennes.
Adaptée au grand public, l’exposition est aussi l’occasion pour la ville de Cannes de concrétiser son projet de revalorisation du cimetière musulman de l’île. Véritable lieu de mémoire, témoin d’une histoire d’une ampleur nationale, il sera restauré ; un important travail ayant été accompli pour retrouver les noms des 274 prisonniers victimes. Grâce aux recherches de l’historienne Anissa Bouayed, en collaboration avec l’Association Jeunesses et mémoire franco-algérienne, cette liste de noms a pu être établie et sera présentée durant l’exposition en leur mémoire, dans l’ordre chronologique des décès.
7 juil au 29 oct, Musée du Masque de fer et du Fort Royal, île Sainte-Marguerite, Cannes. Rens: cannes.com
photo: Tombes musulmanes à Sainte-Marguerite 2023© F. Pourcel