28 Juin Riopelle, hors de contrôle
La Fondation Maeght, après des mois de travaux, fête sa réouverture le 1er juillet avec l’exposition Jean-Paul Riopelle, Parfums d’ateliers dans le cadre des célébrations européennes Riopelle100, centenaire de l’un des plus grands artistes du Canada, né à Montréal le 7 octobre 1923.
Servie par un afflux de plus de 180 pièces et sous le commissariat de sa fille Yseut Riopelle, l’œuvre foisonnante du père est à redécouvrir dans une lecture qui repasse par ses ateliers successifs : au Québec, à Paris, Vétheuil, Meudon, Saint-Cyr-en-Arthies, dans le sud de la France, où il a travaillé. Une passion née tôt : « Pour dessiner dehors, je m’étais construit une sorte d’atelier sous une tente dans la cour de la maison. J’avais accroché là une ampoule électrique. Il s’est mis à pleuvoir très fort. En touchant l’ampoule, j’ai reçu une formidable décharge. L’électrochoc de l’art, quoi ! » Il a 8 ans. Son père l’inscrit aux cours d’Henri Bisson en 1936 où il apprend à reproduire la nature sans digresser. « J’ai fait de la peinture super académique. On copiait dans des catalogues. Aux impressionnistes, on passait vite. Je trouvais ça affreux ! » À la Fondation Maeght, une sélection de plus de 180 œuvres, peinture, dessin, sculpture, céramique lithographie, collage, tapisserie, rend compte d’une vaste polyvalence et d’un cheminement intrépide, en constante prise avec l’expérimentation technique. Tout est bon à servir son imaginaire effervescent.
Après avoir signé le manifeste Refus Global avec d’autres artistes automatistes et réalisé ses premières œuvres, Jean-Paul Riopelle quittera ce Québec écrasé par le conservatisme et la religion. Ses parents très croyants brûleront ses premières toiles abstraites, œuvres du diable. Voyage éclair à Paris, en 1946. Au Louvre, Monet l’éblouit. Il se marie puis revient se fixer à Paris, fin 1948. Il rencontre André Breton, côtoie un temps le Surréalisme pour une exposition à la galerie Maeght. Il décollera aussi l’étiquette de l’expressionnisme abstrait, refusant quelque entrave dans sa pratique. « Il n’y a pas abstraction ni figuration : il n’y a que de l’expression, et s’exprimer, c’est se placer en face des choses. Abstraire, cela veut dire enlever, isoler, séparer, alors que je vise au contraire à ajouter, approcher, lier. »
L’exposition Parfums d’ateliers contient deux sections où les thèmes emblématiques des revirements de Riopelle sont repris à travers ses différents ateliers. Une première salle offre des aquarelles des années 1940. Dans la deuxième, le Grand Nord canadien et les peintres qui ont marqué l’artiste, dont Matisse, sont évoqués. Dans la troisième, place au dessin, entre pastels, fusains et sanguines, douceur du trait comme Sans Titre (1965, 91×65,5cm, Technique mixte sur papier.) Puis les réputés jeux de ficelles ainsi que l’œuvre gravé à l’imprimerie Arte-Adrien Maeght, prétexte idéal à « défier la technique, en risquant l’échec« . Oser faire ce qui ne se fait pas « par incompétence« . Les Hiboux totémiques du vaste Bestiaire « riopellien » ou encore, l’avant-dernière salle et ses collages sur lithographies marouflées sur toile.
La deuxième section, enfin, est une rétrospective illustrée par divers documents d’archives et objets qui éclairent sur la personnalité complexe de l’homme collectionneur de voitures, épris de nature sauvage comme de vitesse. Son exubérance y explose dans un bouquet final d’œuvres majeures où strident des couleurs vectrices de sensations fortes. Chevreuse (1954, 301x391cm), prêt exceptionnel du Centre Pompidou, spectaculaire et plus grand tableau du peintre selon un jeu de masses de couleurs pures pressées du tube et juxtaposées en relief à la spatule, pour un effet mosaïque où, sans repère aucun, l’œil plonge en immersion libre dans les profondeurs de la toile. Il y a beaucoup à voir et comprendre de Jean-Paul Riopelle : « Je peins pour survivre ». Lui mort, l’Œuvre qui reste en est l’indiscutable témoin.
AU BON SOUVENIR DES NUITS DE LA FONDATION
Tout l’été, la Fondation Maeght se rappelle au bon souvenir des nuits estivales qui ont marqué son histoire dans les années 60, en accueillant une programmation dédiée à Jean-Paul Riopelle : concerts de Benjamin Biolay, d’Airelle Besson et Lionel Suarez, et de Satsuki Hoshino, mais aussi projections, ateliers pour enfants, et le grand retour de la danse ! Passages, chorégraphié par Noé Soulier, et interprété par six danseurs, activera les décors que Riopelle avait imaginés pour Merce Cunningham en 1967, les carnets de dessins de l’artiste permettant d’en produire pour la première fois un des ensembles en grandes dimensions.
1er juil au 12 nov, Fondation Maeght, St Paul de Vence. Rens: fondation-maeght.com
photo : Jean Paul Riopelle, Grande Chute, 1967, 130 x 162 cm, Acrylique sur lithographie marouflée sur toile, Collection particulière, photo Galerie Maeght © ADAGP, Paris, 2023