Le frisson de la Pinède Gould

John Legend © RivieraKris OTC Antibes

Le frisson de la Pinède Gould

Eh oui, c’est bien la 62e édition du festival Jazz à Juan, « doyen des festivals de jazz en Europe« , indique l’organisation, qui se tiendra dans l’éternelle Pinède Gould, du 10 au 21 juillet.

Festival d’Antibes ou Jazz à Juan ? L’un comme l’autre se disent, et renvoient à la même fête, à la même galerie prestigieuse d’archives ou pour certains, de mémoire. Mais si désinvolte qu’on soit, on n’entre pas dans la Pinède Gould, courant juillet, sans le petit frisson qui nous rappelle toutes les musiques qui s’y sont inventées ou révélées… Car Jazz à Juan n’est pas un temple mort et les musiciens qui s’y invitent font vivre encore aujourd’hui l’histoire d’une musique qui n’a pas fini de grandir…

Avec par exemple un merveilleux panorama pour ceux qui aiment les voix… Voix de stars récentes, comme celle de Mélody Gardot, suave, mais qui se souvient de toute une tradition du folksong, voix plus ancrée dans l’histoire des divas avec celle de Dee Dee Bridgewater, qu’on entend de nouveau en France après y avoir longtemps habité. On la retrouve avec un grand orchestre, l’Amazing Keystone Big Band ; Dee Dee et ses musiciens redessinent le portrait d’Ella Fitzgerald, dans ce lieu où tant l’ont si souvent faire le boeuf avec Duke, avec Basie, avec les cigales… Juste avant Dee Dee, en ouverture du festival, on entendra l’exquise et toute jeune Samara Joy, elle aussi nouvelle figure de cette lignée de ladies, légère avec cette voix ronde, à peine acidulée, dont on ne sait pas toujours si elle parle encore ou si elle chante déjà. Et pour l’avant-dernière soirée, Youn Sun Na, la Coréenne si simple et si sophistiquée, modeste en apparence.

À côté des voix les instruments sont là, avec quelques grandes stars américaines. Brad Meldhau pour le piano… On peut difficilement espérer mieux. Nous jouera-t-il sa version enchantée de la musique des Beatles ? Probablement, mais avec Brad, on n’est jamais sûr de rien. Branford Marsalis amène ses saxophones et sa façon unique de mixer le swing contagieux et l’expérience urbaine un quartet toujours neuf mais qui mijote depuis si longtemps!

Comme souvent le festival propose un panorama de styles très divers. Un peu de musique manouche avec Thomas Dutronc ou Stochel Rosenberg. Le sextet Sixun qui fut l’un des phares de la fusion des années 80 et s’est reformé sans cheveux blancs il y a quelques années. Une touche de musique du monde avec Angélique Kidjo, Imany qui marie la pop music avec de voluptueux arrangements pour un orchestre de violoncelles, et Fatoumata Diawarra qui mélange la nostalgie éraillée de la culture mandingue avec toute sorte de technologies. 

Un peu de funk (la dynamite de Cory Wong), un peu de spiritual (les vingt voix d’American Gospel Junior) viennent entourer l’ensemble, avec en bonus, au milieu du festival, un artiste étonnant qu’on voit bien trop peu en France, Guy Mintus ! Inclassable pianiste et compositeur, assez typique de l’inventivité du jazz israélien, mais ne ressemblant à personne, il va piocher avec une grâce incomparable dans toutes les humeurs qui l’ont entouré: saveurs orientales, turkmènes, danses impaires, rythmes imbriqués… Une diabolique jonglerie, dont il nous sortira peut-être un hommage à George Gershwin!

Rappelons enfin qu’Antibes-Juan-les-Pins vibrera tout l’été au son de tous les jazz, avec près d’une cinquantaine d’évènements musicaux gratuits, grâce aux marching bands qui sillonneront les rues et lors des Jammin’Summer Sessions qui se tiendront à la Petite Pinède, au Kiosque Place National et à la Médiathèque Albert Camus.

10 au 21 juil, Pinède Gould, Juan-les-Pins. Rens: jazzajuan.com
photo: John Legend © RivieraKris OTC Antibes