Santo Sospir, la villa tatouée

Santo Sospir, la villa tatouée

Le Nouveau Musée National de Monaco (NMNM) présente, au sein de la Villa Sauber, l’exposition Santo Sospir du photographe Mauro Restiffe, sur la maison que Jean Cocteau habita et décora à Saint-Jean Cap-Ferrat, entre 1950 et 1962.

En 1949, Nicole Stéphane, actrice principale du film Les Enfants Terribles, d’après le célèbre roman de Jean Cocteau, présente le poète à Francine Weisweiller, épouse d’Alec Weisweiller, au cours du tournage réalisé par le cinéaste Jean-Pierre Melville. La comédienne était la cousine d’Alec Weisweiller, lui-même propriétaire de la Villa Santo Sospir. Cette rencontre fut un véritable coup de foudre qui permit à Francine, au Printemps 1950, après le montage du film, d’inviter Jean Cocteau et Édouard Dermit, « fils adoptif » du poète, à venir passer une semaine de vacances dans sa maison située à Saint-Jean-Cap-Ferrat, surplombant la baie de Villefranche. 

Cocteau demanda alors à Francine s’il pouvait dessiner au fusain la tête d’Apollon au-dessus de la cheminée du salon ; et, de fil en aiguille, tatoua de fresques tous les murs de la maison. Matisse lui avait dit : « Quand on décore un mur, on décore les autres. » Ce à quoi Cocteau ajoutait : « Picasso a ouvert et fermé toutes les portes, restait de peindre sur les portes, c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais les portes donnent dans les chambres, les chambres ont des murs et si les portes sont peintes les murs ont l’air vides… » Cocteau passe ainsi l’été 1950 à travailler sur des échelles, sans maquette préalable. Après avoir dessiné au fusain, le poète rehausse ses dessins de couleurs – un ouvrier italien lui préparait des poudres de couleur délayées dans du lait cru. C’est ce qu’on appelle des fresques a tempera. Cocteau écrira : « Il ne fallait pas habiller les murs, il fallait dessiner sur leur peau, c’est pourquoi j’ai traité les fresques linéairement avec le peu de couleurs qui rehaussent les tatouages. Santo Sospir est une villa tatouée. »

En 2018, Mauro Restiffe (né en 1970 à São José do Rio Pardo, Brésil) est invité en résidence à la Villa Santo Sospir, avant sa fermeture pour restauration. Séjournant seul dans la maison conservée intacte depuis la mort de Cocteau, Restiffe produit une série de photographies qui s’inscrivent dans le prolongement de ses propres recherches sur l’architecture, la mémoire et l’intime. Procédant exclusivement de techniques analogiques, ses tirages estompent les repères temporels et révèlent en filigrane les traces d’une présence fantomatique, revisitant l’un des thèmes de prédilection du poète, disparu en 1963.

Santo Sospir: jusqu’au 15 oct, Villa Sauber / Humanoïdes: jusqu’au 1er oct, Villa Paloma. Nouveau Musée National de Monaco. Rens: nmnm.mc & villasantosospir.fr
Mauro Restiffe Santo Sospir #1 (détail), 2018. 130 x 195 cm Tirage gélatino-argentique ©Mauro Restiffe. Courtesy de l’artiste et Fortes D’Aloia & Gabriel, São Paulo / Rio de Janeiro © Adagp / Comité Cocteau, Paris