La nostalgie rivée à l’âme

La nostalgie rivée à l’âme

Cet été, l’artiste franco-arménienne Aïda Kebadian investit la villa Magdala à Hyères, dans le cadre de l’exposition Étrangeté du monde.
Née à Colombes en 1945, Aïda Kebadian peint dans la solitude jusqu’à ce que son frère la pousse à partager ses toiles. L’œuvre d’Aïda est rare, et habitée de personnages tantôt graves, tantôt tendres, saisis dans des attitudes songeuses. Artiste autodidacte, elle règne sur un univers onirique, imaginaire et coloré grâce à une palette vive et contrastée, aspirant à la rêverie. Il s’agit pour elle de “peindre joyeusement non pour oublier la vie passée et ses tourments, mais peut-être pour regarder sa vie avec force, contribuer à la joie de vivre”, écrivait l’architecte Patrick Bouchain. Le geste d’Aïda Kebadian est celui d’une nécessité vitale, spontanée, libre, affranchi de toute influence et courant. L’exposition se présente comme une rétrospective de son travail, grâce à différentes séries de peintures et gouaches, depuis la première exposition en 1973 à l’Atelier Jacob-Galerie Hors-les-Normes, espace parisien soutenu par Jean Dubuffet, jusqu’aux œuvres marquées par les massacres et déportations de 1915. À l’étage de la Villa sont également exposées les œuvres, Chouchan Kebadian, mère d’Aïda, que l’artiste a elle-même initiée à la peinture à l’âge de 73 ans, pour tuer le temps, offrant ainsi un dialogue unique entre les différentes créations. Les deux femmes inspirent une rêverie, peuplée d’êtres vivants et hybrides, au coup de pinceau brut, presque naïf. Les toiles oscillent entre nostalgie et douceur, réalité frappante et songe rassurant. En complément, deux films sont à découvrir : Buvards et Les cinq sœurs, deux portraits de cette relation mère/fille sublimée par l’art, très émouvants, car réalisés par le fils et frère Jacques Kebadian. Alix Decreux

8 juil au 17 sep, Villa Magdala, Hyères. 

Rens: villamagdala.fr
Vue de l’exposition © Villa Magdala – DR