L’Espace de l’Art Concret voit triple

L’Espace de l’Art Concret voit triple

Ce ne sont pas moins de trois expositions qui ponctueront la saison estivale de l’Espace de l’Art Concret (eac.). Preuve de dynamisme, d’ouverture au monde et à un large public, celles-ci s’attachent à faire vivre la collection en phase avec les artistes d’aujourd’hui et les enjeux sociétaux de notre temps.
Au centre de son activité, les questions environnementales sont ici abordées sous le prisme de l’art et de la science mais ne s’interdisent ni humour ni poésie comme le suggère le titre d’une œuvre de Marc Chevalier, La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé́. Paille et brindilles éclosent ici en une armature harnachée de scotch et l’ensemble de ce parcours, sobrement intitulé Impact, relève de ces pratiques déroutantes par lesquelles chaque artiste donne un sens formel à sa relation avec la nature. Installations, vidéos et pièces sonores sont autant de dispositifs pour un croisement de méditations ou de cris autour de nos inquiétudes environnementales (voir article Concrètement engagé, La Strada n°356). 

C’est aussi de nature qu’il s’agit dans l’œuvre de Jean-Pierre Bertrand. Dans l’exposition Time removing, l’artiste, disparu en 2016, propose une approche arithmétique du temps et de la nature dans leur relation au corps et à l’espace. D’essence conceptuelle, les pièces présentées en différents médiums témoignent pourtant d’une rare puissance poétique et d’un langage plastique très personnel. Une forme de cérémonial se crée autour de citrons, les formes résonnent entre elles et l’artiste convoque même le miel dans un jeu de séries qui envoutent le visiteur. « Je ne sais pas ce que l’art d’aujourd’hui pressent et tâtonne« , disait-il. Avant d’ajouter : « Peut-être une filiation avec le réel tel qu’il rode autour de nous. »

Dans un dialogue avec la collection Albers-Honneger, Cécile Bart et Ode Bertrand croisent leurs regards et proposent une lecture sensible des œuvres par des gestes et attitudes fortement contrastées. L’abstraction géométrique d’Ode Bertrand se rapproche de celle de sa tante, Aurélie Nemours, mais elle se distingue par ses effets d’effacement ou d’apparition quand le regardeur se déplace et que formes et couleurs se dévoilent peu à peu. Le lieu d’intervention et le contexte sont au cœur de la pratique de Cécile Bart, et la légèreté aérienne associée à des teintes éthérées confère à ses œuvres un véritable bonheur. L’artiste sait sans cesse se renouveler et, dans une grammaire minimale, parvient toujours à nous étonner, à nous émouvoir et illuminer l’espace alentour. Fils de laine ou de coton, voiles et tergal imprégnés de couleurs diffusent leur rayonnement ou filtrent la lumière. Preuve est faite que l’abstraction géométrique peut conduire à l’émerveillement ! Michel Gathier (lartdenice.blogspot.com) 

Jean-Pierre Bertrand, jusqu’au 17 sep / Impact, jusqu’au 7 jan 2024 / Cécile Bart & Ode Bertrand, jusqu’au 31 mars 2024. Espace de l’Art Concret, Mouans- Sartoux. Rens: espacedelartconcret.fr

Ode Bertrand Plan IV, 1998 Collection de l’artiste

© DR © Adagp, Paris 2023