Made in world

Made in world

Entre les branchages caressants du premier plan et la voile à l’horizon, le clapotis et le crépuscule suggérés, l’affiche de Saint Jazz Cap Ferrat se veut très alléchante, et le Jardin de la Paix une promesse de plaisirs sereins. Pourtant la programmation de ce festival propose un cocktail très diversifié de swings d’origines variées et des plus trépidants.
À l’affiche, du made in France haut de gamme qui mêle les générations : ATLA, un quartet de très sympathiques déménageurs, avec le batteur Dédé Ceccarelli dans le rôle de parrain assumé, et une jeune garde intrépide et talentueuse interprétée par Laurent Coulondre aux claviers divers, Thomas Bramerie et Sylvain Beuf, contrebasse et saxophones. Mais on déménage dans le luxe et la volupté avec ces quatre-là ! Du made in France métissé de balkanique, avec le duo Obradovic Tixier, soit une voix et un piano aventureux. Du made in France qui plonge au plus profond des racines manouches du jazz, avec Bireli Lagrene, enfant prodige qui vieillit si peu, et qui offre un mille-feuille de ses origines et de toutes les traditions qu’elles ont croisées. Du made in France polyglotte enfin avec Gaby Hartmann, toute nouvelle voix qui n’a pas peur des mélodies chantées en français, en anglais, en portugais et en arabe.

Face à ça, quelques comètes cubaines qui amènent leur rhum et leurs épices : Ana Carla Maza superpose sa voix à celle de son violoncelle. Elle tourne en France depuis quelques an-nées, sur les traces de son père – on se souvient des merveilleuses intrications rythmiques que ce pianiste nous a fait découvrir ! Et son espièglerie qui alterne avec son romantisme lancinant se renouvelle à chaque concert.

Quant à Roberto Fonseca… il incarne maintenant toute la vivacité de la musique de son île : réinvention colorée et transpirante de cet orchestre qui invite irrésistiblement à la danse. Il ressuscite la Cabane cubaine, cabaret tropical de l’entre-deux-guerres. C’est l’époque du Bœuf sur le toit, du Bal nègre de la rue Blomet. On se passionne pour ces nouvelles musiques noires et on va se trémousser dans ce cabaret dont l’exotisme fait frissonner. On y entend de nouvelles syncopes latines, transplantées telles quelles dans un Paris étonnamment tolérant et curieux. Les tambours bata (percussions sacrées peut-être un peu modifiées pour l’occasion), les cuivres, la flûte qui vole au-dessus de ce nid bourdonnant, la voix chaude et qui séduit… Et tout cela, près d’un siècle plus tard, est recréé avec grâce par les huit musiciens du magicien Fonseca. Yvan Amar

10 au 12 aou, Jardin de la Paix, Saint-Jean-Cap-Ferrat. Rens: FB saintjazzcapferrat 
Vue de l’édition 2022  © DR