Tattoo sans tabou

Tattoo sans tabou

Voilà désormais plusieurs décennies que le riche univers culturel japonais se démocratise en Occident. Le pays du soleil levant fascine par son histoire, ses légendes et ses pratiques ancestrales, dont le tatouage. Trois cents ans d’histoire de cet art de l’éphémère que le Musée des arts asiatiques à Nice retrace, du 1er juillet au 3 décembre 2023.
Quand les mots « tatouage » et « Japon » sont prononcés dans une même phrase, la première chose qui vient généralement à l’esprit du grand public sont les yakuzas, ces gangsters auxquels ces œuvres corporelles ont longtemps été associées. Mais bien avant cette démocratisation dans les films de gangsters du début des années 60, les tatouages ont été apparentés à des punitions, notamment à l’époque d’Edo où les crimes étaient châtiés par une marque sur des parties visibles du corps (bras ou visage). Les tatouages ont ainsi conservé cette connotation péjorative jusqu’au XXe siècle. C’est d’ailleurs parce que ces préjugés persistent dans l’esprit des Japonais qu’il est encore nécessaire de nos jours de cacher ses tatouages en se rendant dans les bains publics du pays. De punitives, les marques d’encres se sont ensuite vues élever au rang de serments lorsque deux amants se promettaient fidélité, pour ensuite devenir un véritable marqueur social. Le tatouage devient alors une ornementation indicative de sa corporation ou de son affiliation à différents groupes sociaux. C’est à cette époque qu’apparaissent les tattoos japonais tels que nous les connaissons, entrelacs de fleurs et de créatures mythiques. Les tatouages et estampes ukiyo-e (mouvement artistique de l’époque d’Edo signifiant « image du monde flottant ») s’inspirent alors grandement l’un de l’autre et témoignent d’une vision plus fantastique de la réalité. Ce n’est ici qu’une partie de la grande histoire du tatouage japonais que nous rapportons, et que le Musée des arts asiatiques à Nice se propose d’explorer à l’occasion de l’exposition Tatouages du monde flottant, Le corps imagé au Japon, visible jusqu’au 3 décembre prochain, avec en prime une estampe créée spécialement pour l’occasion par l’artiste Benoît Varaillon. L’occasion de découvrir tout un pan de la culture nippone au travers de visites guidées, conférences et de nombreux ateliers. Flore Dugault

1er juill au 3 déc, Musée des arts asiatiques, Nice. Rens: maa.departement06.fr
© Musée départemental des arts asiatiques (Nice) A. Bossard