L’Ensemble Baroque de Nice, en clair-obscur 

L’Ensemble Baroque de Nice, en clair-obscur 

Lumières et ombres, voilà la thématique choisie par Gilbert Bezzina, directeur et fondateur de l’Ensemble Baroque de Nice, pour sa saison 2023-2024.

« L’an dernier, nous fêtions les 40 ans de l’Ensemble Baroque de Nice. Cette année, ce sont les 41 ans, c’est donc une année banale… » C’est par ces mots, et avec l’humour que les amateurs de l’orchestre niçois lui connaissent, que Gilbert Bezzina a entamé la présentation de cette saison 2023-2024, dans les locaux de l’Ensemble Baroque de Nice (EBN), au cœur du vieux Nice, à quelques encablures de l’Église Saint-Martin – Saint-Augustin où se tiendra la majorité des concerts. Si de nombreux établissements culturels ont cette année lancé des passerelles entre art et sport avec de nombreux événements thématiques, en raison d’une double actualité sportive en France (Coupe de Monde de Rugby et Jeux Olympiques), « moi je ne veux faire que du baroque !« , indique le violoniste. Aussi, la thématique choisie cette année s’intitulera Lumière et ombres.

Ombre et lumière, ces deux opposés, sont partout : dessin, peinture, musique, et même sport, tiens ! L’ombre souligne la lumière, la sublime, lui donne du volume, de la profondeur… Le philosophe grec Héraclite, que l’on surnommait d’ailleurs « l’Obscur », écrivait au VIe siècle av. J.-C. : « Là où la lumière est la plus vive, l’ombre s’épaissit d’autant« . C’est ainsi que d’innombrables compositeurs sont parfois restés dans l’ombre, à l’instar d’Antonio Vivaldi, Jean-Sébastien Bach ou Claudio Monteverdi, « de grandes figures universellement reconnues qui rayonnent sur l’Histoire de la musique à la manière de grands phares« , souligne Bezzina. Mais « opposer la lumière à l’ombre, c’est méconnaître le jeu raffiné qui s’établit entre elles comme celui du clair-obscur en peinture« , poursuit le musicien. En l’occurrence, rappelons que l’immense J.S. Bach n’a pas connu le succès de son vivant et doit en partie son statut de « lumière » à la redécouverte de son œuvre par d’autres musiciens, comme Félix Mendelssohn, pour ne citer que le plus brillant. Bref, d’Alessandro Marcello à Jean-Féry Rebel, de Johann Joseph Fux à Antonio Bonporti, en passant par Dietrich Buxtehude, « c’est à ces maîtres trop souvent relégués dans l’ombre par l’éclat de leurs disciples prestigieux que nous nous proposons de rendre hommage pour cette saison musicale 2023-2024« .

Une fois n’est pas coutume, le coup d’envoi sera donné le 13 octobre en l’Église Saint-François de Paule, avec un programme pour hautbois, en présence d’un musicien et ami fidèle de l’ensemble niçois, Christophe Mazeaud. Pour inaugurer ce 1er concert d’une saison entre ombres et lumières, Gilbert Bezzina a logiquement convoqué l’un des plus étincelants compositeurs, le « père de toutes les musiques » : J.S. Bach. Un monument à l’ombre duquel on pourra (re)découvrir Alessandro Marcello, écrivain, philosophe, mathématicien de renom au début du 18e siècle, et compositeur entre autres du Concerto pour hautbois en ré mineur, une œuvre que le Cantor de Leipzig ornementera et transcrira en un Concerto pour clavecin (BWV 974). Pour l’occasion, le hautboïste et l’EBN interpréteront l’œuvre originale, ainsi que le Concerto pour hautbois d’amour de Bach, deux pièces auxquelles fera écho le violon de Gilbert Bezzina dans une interprétation du Concerto en mi majeur du compositeur allemand. Sans oublier une petite friandise : un extrait de L’Art de la fugue, sa célèbre œuvre inachevée. Vous l’aurez compris : au rythme d’un concert par mois jusqu’en mai 2024, l’EBN donnera un coup de projecteur sur ces artistes peu joués, parfois injustement oubliés, en leur faisant profiter de la lumière de leurs prestigieux homologues. 

Au rayon des invités, signalons que le bien nommé Philippe Cantor donnera, en janvier 2024, son ultime concert avec la phalange niçoise, avant de partir en retraite. Le charismatique baryton interprétera notamment la cantate Les Femmes – œuvre profane qui n’est en rien un éloge – d’André Campra. Et puisque le baroque n’est pas seulement l’apanage des plus anciens, « la relève » de cette musique, plus moderne que les non-initiés le supposent, se relaiera lors de cette saison 2023-2024. La soprano canadienne Heather Newhouse, que l’on avait déjà pu entendre la saison dernière lors d’une soirée en compagnie du Concert de l’Hostel Dieu, revient en novembre dans un programme autour du Salve Regina de Pergolèse, concert où l’on découvrira une pièce composée par un certain Johann Joseph Fux, lequel deviendra en 1658… Empereur du Saint-Empire romain germanique ! André Lislevand, professeur au conservatoire de Nice et ancien élève du grand Jordi Savall, fera quant à lui deux apparitions, sa viole de gambe sous le bras : en février, puis en avril. Un second concert qui nous permettra également d’écouter la jeune flûtiste (traverso) polonaise Zuzanna Dubiszewska, dans l’intégrale des Concerts royaux de François Couperin.

Parallèlement à sa saison musicale, l’EBN programme au Cinéma Belmondo un cycle mensuel de projections de films en lien avec la musique. Première affiche, en octobre : Je te mangerais de Sophie Laloy. Sans oublier les actions éducatives à destination des collégiens et lycéens, proposées en amont de chaque concert.

Pour conclure cette présentation, Gilbert Bezzina a annoncé une grande nouvelle : la création d’un festival baroque, qui devrait se tenir la saison prochaine, avec expositions, musique, danse… Une évidence pour Nice, « la ville française la plus baroque qui soit« , selon les propres termes du taulier. A suivre ! Pascal Linte

Dès le 13 oct, Église Saint-Martin – Saint-Augustin & Église Saint-François-de-Paule, Nice. Rens: ensemblebaroquedenice.com
photo: Ensemble Baroque de Nice © DR

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