J’ai demandé à la Lune

J’ai demandé à la Lune

Période faste pour l’Opéra de Nice ! Après deux concerts événements, avec Alexandre Tharaud en décembre et Philippe Bianconi en janvier, et l’entrée de Giselle au répertoire du Ballet Nice Méditerranée pour les fêtes de fin d’année, la vénérable maison azuréenne accueillera Rusalka (prononcez Roussalka), opéra d’Antonin Dvorák, créé en 1901 à Prague.

Composé sur un livret du poète tchèque Jaroslav Kvapil, cet opéra en 3 actes est inspiré du conte La Petite Sirène d’Andersen, lui-même tiré d’une fable moldave. Nous voici donc immergés dans le monde insondable des créatures enchantées qui peuplent rivières, étangs et lacs. L’œuvre, dont on perçoit des effluves wagnériens, privilégie les thèmes de la forêt et de l’eau en évoquant avec onirisme la relation complexe et contradictoire entre les Humains et la Nature. Dans sa composition, Dvorák s’est imprégné de tous les courants stylistiques de son époque pour aboutir à une synthèse harmonieuse où langages musicaux et touches impressionnistes s’entrecroisent entre symbolisme et réalité. 

Rusalka (Vanessa Goikoetxea), jeune fille du lac, sollicite la sorcière Jezibaba (Eugénie Joneau) pour qu’elle la change en femme et ainsi faire en sorte que le Prince (David Junghoon Kim) s’éprenne d’elle… Les sorcières ne maîtrisent pas tous les sortilèges, aussi la nymphe deviendra une jeune fille, mais perdra ses cordes vocales… On dit que les femmes sont de véritables moulins à parole, n’empêche que notre Prince ne tarde pas à trouver le temps long auprès de sa naïade, muette comme une carpe. Il se laisser attraper dans les filets d’une séduisante intrigante, la Princesse étrangère (Camille Schnoor). Pris de remords, le Prince revient chercher Rusalka, mais trop tard. Si elle le laisse l’embrasser, il en mourra. En quête d’un repos pour son âme torturée qui n’a pas su s’élever au-dessus des contingences terrestres, il insiste. Rusalka cède et le soupirant repenti rend son dernier souffle dans ses bras… 

Au fond rien de nouveau, la notion de consentement se posait déjà à l’orée du XXe siècle. Mais dans cette version de Rusalka, nous quittons les profondeurs marines pour des néons blafards qui éclairent le grand bassin d’une piscine vide. Grâce à la mise en scène conjointe de Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, également responsables de la scénographie, des vidéos et des fabuleux costumes, les fascinantes créatures aquatiques sont des sportives en natation synchronisée. Un monde où la compétition fait rage. Où, l’ado devient femme sous le regard impitoyable du coach, où le corps – outil de travail – devient objet de désir, où il faut apprendre à résister aux mains qui s’égarent. Où l’on est parfois réduite au silence… 

Les airs tourbillonnants de Dvorák, interprétés par l’Orchestre Philarmonique de Nice et le chœur de l’Opéra de Nice, s’élèveront sous la direction de la cheffe Elena Schwarz. Pour incarner une Rusalka moderne qui se rêve libre, mais aux prises avec le désir impérieux de son soupirant, contrainte d’obéir à un entraineur qui la malmène pour « son bien », la soprano Vanessa Goikoetxea, dont la 1e interprétation en 2012-2013 à Barcelone était une nymphe dans Rusalka, donnera toute sa sensibilité et sa profondeur dans le morceau de bravoure du Chant de la Lune où elle demande à la lune d’emmener son amour partout où elle se trouve.

26 & 30 jan 20h, 28 jan 15h, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org

photo : Rusalka par Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil © DR

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