Un sacré Printemps

Un sacré Printemps

Bruno Mantovani, directeur artistique du Printemps des Arts de Monte-Carlo, a présenté le programme de la 40e édition qui se déroulera du 13 mars au 7 avril 2024. La relation de l’homme à la Nature et au monde animal sera l’un des thèmes forts de ce rendez-vous printanier sous le signe des Chants de la Terre et dont la signature visuelle a été confiée au grand défenseur de notre planète, le photographe Sebastião Salgado. Cette célébration de l’Art et de la Nature fera également l’objet d’une ouverture particulière à la jeunesse.

Célébrer la relation de l’Humain à son environnement et à sa préservation, c’est marquer le désir de s’engager pour le futur de notre jeunesse. C’est bien pour cette raison que tout le festival sera accessible gratuitement aux moins de 25 ans ! C’est aussi une manière de marquer la volonté de décloisonner et de faire se retrouver toutes les générations pour partager des moments de grande émotion artistique. 

« Ma fin est mon commencement« , cette belle devise philosophique, qui marquait pour Bruno Mantovani son arrivée à la direction du festival en 2022, évoque le mouvement perpétuel qui n’est autre que celui de la vie qui se reproduit. C’est le titre du rondeau de Guillaume de Machaut qu’il donna à interpréter à l’excellent Ensemble Gilles Binchois que l’on retrouvera en 2024 dans le Requiem de Johannes Ockeghem, en ouverture du festival et qui dialoguera avec le saxophoniste Sandro Compagnon dans un répertoire actuel. L’Ensemble Clément Janequin conclura ce dernier opus du cycle Ma fin est mon commencement avec un autre Requiem, le chef-d’œuvre de Pierre de La Rue. 

Du Moyen Âge à la création contemporaine, des musiques traditionnelles au jazz, le Printemps des arts de Monte-Carlo s’est ainsi toujours distingué par son mélange original de musiques d’époques et de styles différents, par les ponts qu’il a su créer entre des musiciens que l’on pourrait croire éloignés, permettant ainsi de s’adresser à toutes les générations. Cette vision, chère à Bruno Mantovani, lui permet d’aborder l’évolution stylistique de nombreux compositeurs en explorant les liens entre leurs premières et dernières œuvres. Cette volonté de créer des liens se retrouve avec une attention particulière portée au dialogue entre la musique et les autres formes d’expression artistique : danse, arts visuels ou encore gastronomie participeront aussi à cette célébration de l’hédonisme sonore.

Les Chants de la Terre, thème central de la programmation de ce 40e Printemps des Arts, font référence à un monument de l’histoire de la musique : « En ce début de XXIe siècle où l’avenir de notre planète pose question, Le Chant de la Terre de Gustav Mahler apparaît comme une œuvre particulièrement moderne« . Cette œuvre sera à (re)découvrir dans sa version originale par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé par Kazuki Yamada, mais aussi dans une transcription intimiste réalisée par Reinbert de Leeuw et interprétée par le Het Collectief. Enfin, le compositeur et chef d’orchestre Laurent Cuniot proposera une œuvre nouvelle commandée par le festival qui reprendra les différents poèmes utilisés plus d’un siècle avant lui par Gustav Mahler.

La nature et le monde animal seront à l’honneur avec une version swingante du Carnaval des animaux de Saint-Saëns par les musiciens inventifs de The Amazing Keystone Big Band, mais aussi avec le Quatuor Parisii jouant Haydn, « le plus terrien de nos compositeurs », et l’Ensemble Unisoni révélant un véritable bestiaire musical à la croisée des XVIIe et XVIIIe siècles.

Carte blanche a été donnée à trois grands interprètes : le violoncelliste Henri Demarquette qui explorera en solo les suites de Bach et Britten, et Beethoven en trio avec la violoniste Sayaka Shoji et le pianiste Jean-Frédéric Neuburger. Le Quatuor Modigliani confrontera œuvres de jeunesse et de maturité des compositeurs Mendelssohn et Schubert, tous deux prématurément disparus mais si prolixes. Enfin, la cheffe Laurence Equilbey avec sa formation Insula Orchestra consacrera 2 concerts à Schubert et Mozart (dont sa toute première symphonie qu’il écrivit à l’âge de…8 ans).

L’exploration des œuvres de grands compositeurs mettra en avant celles de Robert Schumann avec la pianiste Varduhi Yeritsyan, l’œuvre orchestrale de Richard Strauss avec l’OPMC, les premières et dernières œuvres de Brahms et les Litanies ardentes de Jehan Alain dans un récital de l’organiste Karol Mossakowski, et confrontera les derniers opus pour piano de Brahms et Ravel avec les œuvres de jeunesse de leurs héritiers Rhim et Boulez. 

Un temps extra-ordinaire sera la création d’un opéra : L’étoffe inépuisable du rêve composé par Sophie Lacaze, sur un livret d’Alain Carré, avec l’Ensemble Orchestral contemporain dirigé par Bruno Mantovani. Personnalité hors normes dans le monde musical, Sophie Lacaze s’attache à redonner à la musique ses vocations premières comme le rituel, l’incantation et la danse, ses liens avec la Nature.

Nouveautés et ouverture à d’autres mondes artistiques marqueront enfin ce 40e Printemps des arts : immersions backstage, concerts promenade au sein de l’exposition de Pier Paolo Calzolari au NMNM (voir article page 21), atelier public aux danses de bal Renaissance, concert aux bougies, concert famille, projection du film Le sel de la Terre de Wim Wenders et de Juliano Ribeiro Salgado, fils de son photographe de père, siestes musicales bienfaisantes avec Fabrice Jünger, repas en musique avec le chef Yannick Alléno, création d’un parfum d’intérieur Chants de la Terre de Clémence Besse, les occasions d’éveiller tous nos sens seront nombreuses ! Sans compter les afters informels entre artistes et public, les masterclasses de solistes invités, les conférences … Vivement le Printemps !

13 mars au 7 avril, lieux divers, Monaco. Rens: printempsdesarts.mc

photo : B. Mantovani – Printemps de la création © Hugo Sainte Rose

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