Variations sur le même t’aime

Variations sur le même t’aime

Après Y croire ?, la scène nationale Châteauvallon-Liberté s’intéresse au(x) Couple(s) à l’occasion de son Théma #45. Axé autour de six pièces de théâtre, programmées entre janvier et février 2024, ce nouveau cycle alignera également conférences, expositions, projections…

Ça veut dire quoi «être en couple» ? Voilà la question centrale posée par ce 45e Théma imaginé par le directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, Charles Berling, et son équipe. Une interrogation à laquelle on pourrait ajouter : faut-il être marié, pacsé, résider sous le même toit ? À quel moment d’une relation amoureuse devient-on un couple ? D’ailleurs, doit-on forcément s’aimer ? Et surtout, pour quelles raisons se met-on en couple ? André Malraux définissait le couple comme «la dernière grande aventure du monde moderne» – et il n’avait pas tort le bougre ! Une sentence «visionnaire» tant ce modèle familial est aujourd’hui remis en question… Il existe ainsi peut-être autant de visions du couple que de couples ! Mais dans un monde toujours plus individualiste, où chacun regarde en coin ce qui se passe chez l’autre pour savoir «qui a la plus grande», où l’on n’a de cesse de noter le dernier film qu’on a vu, le dernier resto qu’on a fait, et sans doute bientôt le dernier rendez-vous Tinder qu’on a eu, le couple semble menacé. Menacé aussi par de nouveaux concepts comme le trouple, l’union de trois personnes – ce qui, au passage, entraîne encore d’autres problématiques…

Mais le couple résiste ! C’est un «combat» quotidien, et nous attendons qu’il nous pousse à nous dépasser, à nous aimer malgré nos différences. Comme le réclame Véra dans Maelström, pièce de Fabrice Melquiot, mise en scène par Marie Vauzelle. Véra, 14 ans, est malentendante et révoltée depuis qu’elle a été éconduite, parce qu’on ne sort pas avec une fille «handicapée». Sur scène : deux «versions» de l’adolescente – l’une parlante, l’autre en langue des signes – et son «amoureux». Objet de désir et de colère, celui-ci joue en direct une partition musicale qui n’illustre pas le texte mais dialogue avec lui. Une pièce poétique sur l’amour, la surdité, l’écoute (essentielle dans tout couple), et sur l’adolescence, qui ouvrira ce cycle en janvier au Théâtre Liberté. Mais d’ailleurs, peut-on être en couple à seulement 14 ans ?

Toujours en quête d’idéal, nous attendons peut-être aussi du couple qu’il ne nous prenne pas au piège à force de compromis et d’injonctions comme le demande Lou dans Les Meutes. Qu’il nous pousse à nous réinventer (Dans la ville quelque part). Qu’il soit un espace de liberté où l’on peut s’aimer librement, quelle que soit notre orientation sexuelle (Tom na Fazenda). Qu’il laisse place à «l’aventure» si nous nous sentons piégés (A Bergman Affair). Ou qu’il prenne fin, sans perte et fracas, voire avec humour, quand tout part en cacahuète (Sans tambour). Bref, si le couple parfait n’existe pas, et qu’on a parfois envie de tout envoyer balader, on ne va pas s’en cacher : la vie à deux, c’est cool.

18 jan au 21 fév, Théâtre Liberté, Toulon & Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : Maelström © Debouchaud