Un Musée tout nouveau, tout… Beaux-Arts !

Un Musée tout nouveau, tout… Beaux-Arts !

Voici le très bon slogan du nouveau Musée des Beaux-Arts qui a ouvert ses portes à Draguignan, le 16 novembre dernier. C’est accompagné du conservateur, Yohan Rimbaud, successeur de Grégoire Hallé depuis mars 2023, que nous avons eu le privilège de découvrir l’établissement rénové, une partie de la collection permanente et l’exposition inaugurale dédiée à Aimable Lombard.

Au terme de six ans de rénovation, assurée par le cabinet d’architectes BLP & associé – notamment à l’œuvre pour le Musée de l’Homme et le Musée de l’Orangerie à Paris, ou encore le Musée Fabre à Montpellier –, c’est dans un ancien couvent bâti en 1628 au cœur même du centre historique de la ville qu’est né ce nouveau Musée des Beaux-Arts de Draguignan, sous l’impulsion de son édile, Richard Strambio, un homme passionné de Culture. Bâtiment à l’histoire mouvementée, il fut autrefois constitué en annexe d’une bibliothèque à partir d’un fond archéologique, de tableaux et de sculptures provenant de saisies révolutionnaires ou de donations. C’est pourtant une nouvelle ère qui s’ouvre désormais dans un cadre somptueux pour décliner une histoire de l’art autour d’une collection qui n’a cessé de s’enrichir jusqu’à aujourd’hui. 

Le visiteur est accueilli dans un vaste espace d’où s’élève un escalier en hélice qui se déploie vers les étages supérieurs. La lumière zénithale irrigue les lieux et les murs blancs, tandis que le mobilier de bois clair propose une touche très contemporaine. Pourtant par un contraste spectaculaire, sur un espace de 1200 m² ce sont quelque 150 œuvres d’art restaurées qui sont désormais présentées dans une enfilade de pièces rénovées dans le goût affirmé du XVIIIe siècle, et imaginées comme des «period‐rooms» thématiques : Le cabinet de peintures, Le studio romain, L’atelier de la couleur, La galerie dracénoise…

Au rez-de-chaussée, le parcours se réalise dans une scénographie séduisante. Les pièces ont été réaménagées dans des tons bleu nuit ou bleu clair. Les dorures et les dessus de portes peints de paysages ou de scènes champêtres complètent un ensemble voué à la beauté, voire au luxe, dans un cadre baroque rehaussé par la subtile touche contemporaine d’un sol essentiellement constitué de tomettes noires fabriquées à Salernes, cité de la céramique. L’accrochage répond alors à l’esprit d’un cabinet de curiosité par lequel le visiteur se trouve placé dans le sillage des amateurs et des peintres d’autrefois. Chaque salle résonne d’une thématique particulière, le plus souvent en relation avec le souvenir du Voyage à Rome, de la mythologie du monde méditerranéen et de l’antiquité. On y découvre des œuvres du XVIIe siècle d’artistes comme Philippe de Champaigne ou Simon Vouet, mais aussi des peintures de Van Loo, une Cascade de Tivoli de Watteau, ou bien encore une sculpture de Canova. Un autre salon est davantage consacré au paysage du XIXe et XXe siècle avec des tableaux de Camoin, Marquet, une scène de Renoir, une sculpture de Camille Claudel, Rêverie au coin de l’âtre et même une vaste toile de Vincent Bioules, comme une évasion de la peinture vers l’art contemporain.

De découverte en découverte, au gré d’un cabinet de curiosités ou d’une salle d’apparat, l’accrochage très diversifié ne cesse de surprendre. À l’étage, on découvre un décor de papier peint dans le goût de l’exotisme chinois du XIXe siècle. Ou bien, ailleurs, des éléments en marbre d’un Mausolée dédié à Joseph Alphonse Omer de Valbelle, ou, plus loin, l’une des pièces majeures du Musée, l’armure d’apparat de François de Montmorency parfaitement restaurée et dont l’éclat résonne avec celui d’un portrait en armure du fils du connétable de Montmorency provenant de la galerie historique de Louis-Philippe. Sur la mezzanine, une note plus contemporaine se répand par la présence d’une grande toile de Gérard Garouste et la puissance imposante d’une œuvre silencieuse de Djamel Tata.

Un autre espace est dévolu à des expositions temporaires. Pour son inauguration, le Musée présente quelques 65 dessins d’un enfant du pays, Amable Lombard, représentant de l’académisme du XIXe siècle. L’étude du corps, la perfection anatomique alliée à l’idéalisation du nu, pourtant dans la mouvance contradictoire du positivisme scientifique, prévalent alors dans le goût de ce Second Empire.

Tel est ce nouveau Musée dans lequel vitrines, cimaises et sculptures dialoguent subtilement, ici avec une collection de spécimens d’histoire naturelle, là avec des objets ethnographiques comme une volonté d’ouvrir l’art vers d’autres temps, d’autres territoires. Une belle découverte pour un écrin particulièrement soigné et une passionnante plongée dans l’art d’hier et d’aujourd’hui. Avec la rénovation de son centre ancien et cette réussite architecturale – sans oublier le Théâtre de l’Esplanade, le Pôle culturel Chabran et bien sûr l’Hôtel des Expositions du Var –, Draguignan s’affiche désormais comme une destination culturelle obligatoire au sein du paysage varois.

Amable Lombard, un artiste à l’école sous le Second Empire, jusqu’au 17 mars. Musée des Beaux-Arts, Draguignan. Rens: FB mbadraguignan

photos : Musée des Beaux-Arts de Draguignan © Gaël Delaite / Ville de Draguignan

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