Colette Servières – Le Petit Dico de Toulon

Colette Servières – Le Petit Dico de Toulon

Colette Servières a quitté Toulon à l’âge de 19 ans, pour suivre « la caravane familiale » : père dans la marine, affectation à Paris, et toute la famille déménage ! Mais a-t-elle vraiment quitté sa ville natale, son Mourillon ? Non, car elle y revient toujours et plusieurs fois par an. Toulon chevillé au corps… L’auteure présentait en novembre dernier, à la Fête du Livre du Var, son dernier opus : Le Petit Dico de Toulon.

« J’ai toujours défendu ma ville à Paris. La réhabilitation monumentale ! Je suis très fière de figurer dans Dits et fais, écrits et portraits, annuaire publié cette année par François Trucy et André Berutti. Dans sa postface, la belle plume de Patrick Lorenzini écrit : Quoi ma ville ? Qu’est-ce qu’elle a ma ville ? Elle a pourtant nourri la gouaille de Raimu, les roses de Baboulène, les poèmes de Léon Vérane, les premiers arpèges de Django… Elle ne te revient toujours pas, il t’en faut tout un dictionnaire ? Alors voilà, régale-toi : tout est ici, du Faron à la Méditerranée, de Lagoubran au Cap Brun, de Marcel Rufo à Sandrine Sarroche, sous l’œil ensoleillé de Colette Servières. »

De A à Z, comme Zoo (du Faron !), on apprend encore beaucoup sur la cité varoise, même si l’on est convaincu de la bien connaître ! On découvre des lieux, des personnages qui en ont fait l’histoire…  Certains plus casaniers sont restés dans leur nid devant l’immensité de la Méditerranée, d’autres sont partis chercher la gloire à Paris : Gilbert Bécaud, Mireille Darc, Alain Delon, qui fut marin à Toulon ! N’oublions pas Colette, Aragon dont les racines sont ancrées ici, les musiciens tels Xavier de Maistre qui avec sa harpe fait rejaillir la gloire de sa ville dans le monde entier ! Nos poètes, écrivains, architectes, bâtisseurs… On ne parle pas que du bagne aujourd’hui à Toulon ni de la marine, car les pompons rouges ont déserté les bâchis, de même que les uniformes n’arpentent plus ce qui fut Chicago… ni le Pavé d’amour… Les passeurs de lumière y ont leur place, leurs œuvres sont aujourd’hui exposées au Musée d’Art, aux cimaises du Musée de la Marine, en lisière du port, ou chez des particuliers jaloux de leur acquisition… Plagnol, jusqu’à Paris !

Ce Petit Dico de Toulon évoque aussi les plages qui ne se résument plus au Lido seul, la population dont l’accent est de moins en moins provençal, le Cours Lafayette autrefois célébré par Bécaud et récemment par Marcel Rufo. Le souvenir de ses parents rejaillit lorsqu’il le parcourt, les imaginant assis sur leur chaise le soir, le dialogue n’était pas encore tué par la télé… Le Cours était vivant et paisible le soir… On y parlait provençal !

Y est évoqué bien sûr l’Opéra, ce temple de l’art lyrique où Sardou père vécut ses dernières heures. Un autre temple, Mayol, où les sportifs en tribunes célèbrent le « Rouge et Noir » et le muguet, symbole légué par Mayol, le chanteur.

Si Hugo, Balzac, Dumas, ces maitres de la littérature au XIXe siècle ont été inspirés par le bagne, d’autres auteurs, plus contemporains le furent par la ville, tel Rambaud, Stalloni, Lorenzini, Lenzini, spécialiste de Camus, et le grand romancier Pierre Moustiers… Des plumes incisives, colorées et poétiques…

La Faron comme les voiliers ou canots des scouts marins et les cuirassés font rêver comme le sabordage fit pleurer… L’Académie du Var n’est pas oubliée. Cette noble assemblée a publié de nombreux ouvrages, références qui incarnent une mémoire. Un vagabondage de ligne en ligne, de page en page, une certaine nostalgie pour l’auteur qui, dans les brumes où elle vit, rêve du soleil de son Midi. Et de Toulon qu’elle arpente en explorateur depuis son enfance, constatant sa métamorphose. Un bel ouvrage ! 

Le Petit Dico de Toulon, Colette Servières (Éditions Feed Back)

photo : Colette Servière en dédicace à la Librairie Charlemagne – Toulon © Claudie Kibler Andreotti