Duo enchanteur

Duo enchanteur

À Cannes, les Jeudis du Jazz invitent le duo estonien Kadri Voodrand et Mihkel Mälgand. Rendez-vous au Théâtre Alexandre III, le 8 février.

Une voix, un piano, un violon, une contrebasse (parfois une sanza ou une larme d’électronique…). Quatre instruments pour deux musiciens : on ne s’appelle pas Kadri pour rien ! Paradoxe de la musique, on a à la fois du minimal et du multiplié. Côté cour, une contrebasse ronde et rassurante, celle de son complice Mihkel Mälgand, qui tient le tempo et garde la maison. Côté jardin, une jeune beauté balte, mutine ou grave, effacée ou provocante. La voix monte sans effort – un cristal sans acidité – mais ses profondeurs sont l’égal de ses altitudes : elle sait se souvenir des raucités vikings, elle rit sur scène avec une gaieté aussi fraîche que contagieuse, et le timbre hérite toute une tradition pop anglo-saxonne, de Kate Bush à Joni Mitchell.

Kadri Voodrand a composé l’essentiel du répertoire. Un passé familial et national s’y retrouve : elle a appris le métier dans l’orchestre de sa mère ; c’est là qu’elle commence à tâter du violon et qu’elle s’imprègne des mémoires folkloriques de son Estonie natale. Mélodies simples de ces pays que bercent le froid et la mer, nostalgie d’une côte qu’on a perdue de vue, d’un frère qui s’est éloigné, d’un fiancé qui a trahi… Le filigrane d’une histoire millénaire et toujours recommencée transparaît dans ses chansons courtes comme des nouvelles. Mais un autre pan de son esthétique est à l’écoute des musiques d’ailleurs et d’aujourd’hui : le jazz est là, dans le swing et le rebond, dans des syncopes nombreuses, imprévues et parfois acrobatiques : le piano, découpé au cordeau, trace des échelles symétriques des lignes vocales, ponctue malicieusement les histoires. Enfin, on a parfois le charme de cette nudité que propose la voix simplement adossée à la contrebasse, funambule se hasardant au-dessus du vide, comme le faisait jadis Sheila Jordan. La majorité des paroles est en anglais, ce qui fait qu’avec un peu de chance et d’attention, on sait même plus ou moins, de quoi elle parle… Elle parle d’elle, de nous et du plaisir de cette rencontre !

8 fév, Théâtre Alexandre III, Cannes. Rens : cannes.com

photo : Kadri Voodrand © DR