Guru, une allégorie de la manipulation 

Guru, une allégorie de la manipulation 

Créé d’abord sur disque en 2011, donné dans une première version en Pologne en 2018, l’opéra Guru de Laurent Petitgirard et Xavier Maurel sera en re-création du 20 au 24 février, dans une nouvelle co-production Théâtre National de Nice / Opéra de Nice, mise en scène par Murielle Mayette-Holtz.

Manipulation, complotisme, sectes sont les thèmes au cœur de ce Guru qu’a terminé en 2009 le compositeur et chef d’orchestre Laurent Petitgirard, avec la complicité de Xavier Maurel pour le livret ; une œuvre qu’il dédie « à toutes les victimes des dérives sectaires et à celles et ceux qui ont le courage de les combattre« . Marqué par le drame de Jonestown aux États-Unis en 1978, où plus de 900 personnes s’étaient suicidées collectivement, Laurent Petitgirard souhaitait depuis cette époque sensibiliser par un opéra le public à la montée planétaire des sectarismes de toutes natures. La rencontre avec le librettiste Xavier Maurel lui donne l’occasion de concrétiser ce projet. « Nous avons voulu un homme à la sexualité exacerbée, avec une relation à l’argent et au pouvoir très trouble qui règne sur une secte composée d’une cinquantaine de personnes« , indique-t-il. 

Interprété par le baryton argentin Armando Noguera, Guru est le héros de cette tragédie en trois actes, un faux prophète dont le nom révèle clairement le rôle qu’il joue, celui du chef charismatique d’une colonie « apocalytique » de fanatiques isolés sur une île. Les adeptes s’adressent à lui en chantant et acceptent de le suivre dans la mort, malgré les efforts d’une nouvelle adepte pour les en dissuader, Marie, arrivée récemment sur les lieux. Ignorant la montée de quelques dissensions au sein de la communauté, insensible à la mort de son propre enfant, Guru finira par croire lui-même à ses propres prophéties et entrainera dans sa folie tous les habitants de l’ile, sauf Marie, seule survivante et nœud de l’intrigue dramatique, puisqu’elle conteste l’autorité de Guru. Sa différence est peut-être ce qui la sauve, car contrairement à tous les protagonistes, Marie est le seul rôle qui ne chante pas : elle parle, une parole très rythmée, totalement imbriquée dans la musique. C’est donc un rôle tenu par la comédienne et danseuse Sonia Petrovna, femme du compositeur. 

Les relations de Laurent Petitgirard avec Nice sont anciennes puisque c’est à l’opéra qu’il avait créé en 2000 son autre opéra Joseph Merrick dit Elephant Man. Il y revient pour Guru, et dirigera l’orchestre et le chœur de l’opéra de Nice, ainsi que les solistes qui accompagneront sur scène Armando Noguera et Sonia Petrovna, et incarnant des membres de la secte : Anaïs Constans (Iris), Frédéric Diquero (Victor), Nika Guliashvili (Carelli)et Marie-Ange Todorovitch (Marthe). 

Pour Murielle Mayette-Holtz, directrice du Théâtre National de Nice, qui signe la mise en scène, c’est une première à l’opéra : « Mettre en scène Guru, c’est avant tout proposer la création d’un grand Opéra français et tisser des liens puissants avec l’Opéra de Nice et son équipe« , explique-t-elle, indiquant qu’une table ronde sur le thème Manipulation mentale et dérives sectaires, réunissant au plateau de nombreux spécialistes et académiciens, se tiendra le 19 février aux Franciscains, « pour prévenir et dénoncer le mensonge (…) Une menace pour nos sociétés et malheureusement une possibilité toujours active.« 

20 au 24 fév, La Cuisine – Théâtre National de Nice. Rens : tnn.fr – opera-nice.org

photo : Visuel de la scénographie de Guru © Rudy Sabounghi

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