Petite musique de l’effondrement

Petite musique de l’effondrement

« Théâtre musical » ou spectacle de « musique théâtrale« , comme l’indique son créateur Samuel Achache, Sans Tambour est l’affiche à Grasse, Châteauvallon et Draguignan, ce mois-ci.

Créé 2022 au Théâtre National de Nice, le spectacle avait fait grand bruit sur scène. Et pas qu’au sens figuré, car une maison s’y effondrait méthodiquement, de fond en comble sous les yeux d’un public médusé. Présenté l’été à Avignon, Sans tambour ne fut pas sans « ré-percussion » auprès de la presse, qui offrit un écho retentissant au metteur en scène fondateur de la bien nommée Cie La Sourde !

« La musique parle d’elle-même« , dit Samuel Achache qui le démontre avec énergie, humour et folie, le tout a enlacé dans son projet théâtral mélancolique et dévastateur. Ou « l’histoire d’une maison qui s’effondre, d’un principe scénographique que je voulais appliquer à la dramaturgie et que sur ce principe d’effondrement, dont je voulais qu’il se réalise, physiquement, architecturalement, géographiquement, qu’il puisse être le fil conducteur de la dramaturgie des personnages… Je voulais voir comment on pouvait produire un effondrement intime vers l’effondrement extérieur« . Ajoutant que « l’idée de Sans Tambour est née des lieder de Schumann » sur lesquels il avait déjà travaillé en 2017 avec Florent Hubert, son complice et Directeur musical. Un sentiment d’inabouti le fait s’y replonger. Confirmation d’une obsession toujours active en lui. « Et même la question de l’effondrement vient des lieder de Schumann… C’est-à-dire que ce sont des poèmes, c’est de la musique, mais ce sont comme des fragments. C’est comme un précipité d’une histoire, comme ce qui nous reste de quelque chose qu’on a encore à imaginer puisqu’il ne nous reste vraiment qu’un tout petit bout… C’est comme si ça racontait la fin, et la plupart du temps, ce sont des tragédies… Je me suis dit : il faut qu’on parte de ces lieder qui sont des fins d’histoires, et que ce soit le début de la nôtre« . 

Vu son état, on se demande comment la bicoque déglinguée tient encore debout. À l’instar du couple qui l’habite (Lionel Dray et Sarah Le Picard) lancé dans une scène de ménage en mode gaguesque — Hello Mr Keaton et les slapsticks survoltés de Mack Sennett, maître du timing au temps du Muet ! — chantée par la soprano Agathe Peyrat. De la poésie dans ce chaos total grâce au lunaire Tristan (Léo-Antonin Lutinier) et à un groupe de musiciens en habit, dirigés par un chef, sans baguette. Pour finir, quelques paroles tirées de la chanson Vivre ou Survivre de Balavoine : Quand dans l’amour / Tout s’effondre / Toute la misère du monde / N’est rien à côté d’un adieu… C’est ce que raconte Sans tambour.

17 & 18 fév, Théâtre de Grasse. Rens : theatredegrasse.com
20 & 21 fév, Châteauvallon, Ollioules. Rens : chateauvallon-liberte.fr
23 fév, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens : theatresendracenie.com

photo : Sans Tambour © Christophe Raynaud de Lage

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