Carte postale d’un monde prodigieux

Carte postale d’un monde prodigieux

Unique et atypique, la compagnie Système Castafiore écrit avec Postcard le chapitre final d’une aventure de 35 ans qui l’aura conduite de scène en scène, les peuplant de créatures extraordinaires évoluant dans des mondes oniriques.

Système Castafiore est né d’une incroyable alchimie entre deux artistes : Marcia Barcellos, danseuse, chorégraphe et chanteuse, et Karl Biscuit, magicien du son et de l’image. Tous deux ont suivi l’enseignement du chorégraphe américain Alwin Nikolais qui a largement contribué à révolutionner l’univers de la danse en développant des effets visuels et en imaginant des esthétiques, inédites jusqu’alors. Lorsqu’en 1990, Système Castafiore présente Aktualismus Oratorio Mongol au Festival de Copenhague, le ton est donné. Difficile de classer ce spectacle qui mêle gestes et sons de façon inhabituelle : étonnement, rythme, humour et une forme de poésie qui flirte avec le surréalisme. La formule séduit et les créations s’enchaînent, leur univers se peaufine. Outre leurs propres pièces, les deux artistes sont sollicités par des compagnies institutionnelles comme les Ballets de Monte-Carlo pour lesquels ils créent Very small creatures, spectacle donné au cours de l’été 1999 sur les terrasses du Casino. 

Installés à Grasse depuis plusieurs années, c’est dans le théâtre de la ville maralpine qu’ils offriront la primeur de leur toute dernière création imaginée comme une carte postale adressée au public pour lui raconter une ultime histoire. Postcard est porteur d’enchantements qui se jouent de l’espace-temps. Ce spectacle qui réunit tous les ingrédients du Système Castafiore se devait donc d’être un symbole fort au moment de se quitter. Il porte en lui les images des mondes fantasmés, les êtres qui sont venus émerveiller ou interroger les esprits, les atmosphères qui ont fait rêver, voire inquiété. Tandis que la mémoire tant à dissiper les souvenirs, Postcard est une sorte d’encyclopédie d’un travail qui s’est développé et nourri au fil des années. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si le titre mentionne entre parenthèses le mot Série, car il s’agit bien d’une succession de visions qui invitent à retrouver des personnages fascinants magnifiés dans des costumes agrémentés de masques et accessoires sortis d’un esprit qui ne s’est imposé aucune limite, jouant de la lumière, des machineries et de la cinétique pour inviter le public à s’évader du réel. On aurait aimé se dire que cette féérie ne prendrait jamais fin.

15 mars, Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com

photo : Postcard © Karl Biscuit