Les souvenirs-songe de Barbara Navi

Les souvenirs-songe de Barbara Navi

« Contempler une peinture de Barbara Navi, c’est plonger dans les confins de royaumes inconnus« , selon Hanna Baudet. La Directrice du Pôle d’Art Contemporain de Cannes propose de découvrir l’univers singulier de l’artiste française, avec l’exposition Ces portes de corne et d’ivoire, présentée au Suquet des Artistes.

Ancienne élève de l’École Boulle et diplômée de philosophie, son travail associe peinture et cinéma, aboutissant à une œuvre protéiforme : photographie, collage, maquette et vidéo. Les toiles, situées entre réalité et fantastique, demeurent figées dans un entre-deux laissant le spectateur étonné. Des lignes de paysages s’entremêlent en un univers disloqué, où archives familiales et documents historiques entrent en collision. Les personnages aux dimensions incongrues évoluent au sein de cet espace indéfini, aux frontières du réel et de l’imagination. Les œuvres dont la palette de couleurs déroute le visiteur, semblent être en basculement perpétuel. Même les scènes de bonheur sont voilées d’une aura plus sombre. 

Les créatures menaçantes et les personnages égarés de Barbara Navi ne sont pas sans rappeler notre monde contemporain. Ils témoignent des tourments modernes, d’autant plus au sein de notre société en proie au changement. Cependant, les toiles résistent aux repères géographiques et historiques, toujours dans un souci de laisser libre cours à l’imaginaire. Abjurant le mirage de la réalité, c’est la fantaisie qui prend le relais. Cette folie est une invitation à décrypter le message porté par l’artiste. En effet, le rapport à la mémoire est fondamental dans l’œuvre de Barbara Navi. En mêlant diverses voix, celles du passé et du présent, son œuvre touche à l’universel. Loin d’être pessimiste, son œuvre est un éventuel remède à l’apocalypse, elle dépeint une menace qui peut s’annuler grâce au basculement vers le bonheur. Certaines scènes peuvent se lire comme une fenêtre sur le merveilleux. Suspendues entre les portes de la poésie et de l’enfer, les toiles de Barbara Navi s’apparentent à des « illusions crevées comme des bulles de savon« , selon Elora Weill-Engerer, Prix de la critique d’art en 2023.

Jusqu’au 28 avr, Suquet des Artistes, Cannes. Rens: cannes.com

photo : Fever, huile sur toile, 130 x 160 cm, 2021 © Barbara Navi