À la pointe de l’esthétique chorégraphique

À la pointe de l’esthétique chorégraphique

Exploiter le potentiel de danseurs de formation académique tout en gardant un œil rivé sur la modernité, voilà l’objectif de la soirée intitulée To the Point(e), proposée par les Ballets de Monte-Carlo.

Il semble parfois difficile de classer la compagnie des Ballets de Monte-Carlo dans un style bien précis. Jean-Christophe Maillot, à sa tête depuis près de 30 ans, a développé des spectacles qui s’apprécient dans une vision globale, sans se restreindre à un unique type d’écriture. Il aime s’entourer de plasticiens et de créateurs qui lui permettent d’imaginer des univers dans lesquels il entraîne le public le temps de vivre une belle histoire. Pourtant malgré son ouverture à la contemporanéité, la danse académique reste essentielle à son travail de création. Elle permet une qualité de mouvement qui ouvre des possibilités d’expression infinies. Dans cet esprit, la soirée To the Point(e) prend toute sa dimension. 

Ce programme s’articule autour de trois chorégraphes qui ouvrent sur des visions plurielles. Christopher Wheeldon fait appel aux compositions d’Antonio Vivaldi et d’Ezio Bosso pour Within the Golden Hour, ballet en un acte dans lequel sept mouvements se succèdent comme autant d’images inspirées par la musique. Ici, pas de place à l’improvisation : les mouvements sont précis, fluides, légers. Le chorégraphe, formé à la Royal Ballet School avant de rejoindre le New York City Ballet dont il devient soliste, met toute l’élégance de son vocabulaire au service du rayonnement d’une danse de qualité. Il crée ainsi une pièce pour la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Londres et collabore à des comédies musicales comme MJ The Musical, actuellement donné à Broadway, pour laquelle il a obtenu quatre nominations aux TONY Awards. 

Un travail très différent de celui de Sharon Eyal, issue de la Batsheva Dance Company avec laquelle elle a dansé pendant 18 ans et produit une quinzaine de créations. Autodance met en avant l’énergie du groupe dans lequel chaque danseur apporte sa propre force. La seule sémantique est celle des corps dont les mouvements structurés offrent une vision esthétique qui touche parfois au sublime par son aspect hypnotique. Une sensation accrue par la musique signée Ori Lichtik avec lequel elle travaille depuis de nombreuses années. 

La pièce emblématique de Jean-Christophe Maillot Vers un pays sage vient clôturer ce triptyque. Le déferlement de mouvements sur la musique effrénée de John Adams symbolise la vitalité d’un père qui voua sa vie à la création. Une passion laissée en héritage. Au fil de ces trois pièces, les émotions se percutent : la preuve évidente de l’importance du geste tenu jusqu’à la pointe.

24 au 28 avr, Grimaldi Forum, Monaco.  Rens: balletsdemontecarlo.mc

photo: Within The Golden Hour – C. Wheeldon – DR