Pasolini en clair-obscur

Pasolini en clair-obscur

L’immense Pier Paolo Pasolini, personnage cher à La Strada, est mis à l’honneur à la Villa Sauber – Nouveau Musée National de Monaco, dans l’exposition Pasolini en clair-obscur.

Avons-nous vraiment besoin de rappeler qui était Pier Paolo Pasolini (1922-1975), écrivain, réalisateur et intellectuel italien controversé ? Son œuvre cinématographique, avec des films comme L’Évangile selon saint Matthieu, Médée, ou encore son ultime long métrage Salò ou les 120 Journées de Sodome, suscita en son temps débats et critiques pour son réalisme brut et sa critique sociale. Poète engagé, il abordait des thèmes de marginalité, de religion et de sexualité. Son style unique et son militantisme en font une figure majeure de la culture italienne du 20e siècle.

Une figure que le Nouveau Musée National de Monaco a choisi de mettre à l’honneur, en se focalisant sur l’influence que la peinture classique et contemporaine a eue sur son cinéma. D’ailleurs ce terme de « clair-obscur » figurant dans le titre de l’exposition renvoie autant à la peinture caravagesque qu’au noir et blanc de son film Accattone. Le parcours des salles est ponctué de pièces aux natures différentes : extraits de films, peinture, dessins, installations, photographies… Quant à l’épilogue de l’exposition, elle offre une ouverture sur les contemporains de Pasolini, dévoilée par les œuvres d’une trentaine d’artistes internationaux qui ont tenu à lui rendre hommage. Parmi eux, on retrouve les singuliers Clara Cornu, Claire Fontaine, Astrid Klein, ou encore Ernest Pignon-Ernest… 

À travers ses films, Pasolini est parvenu à toucher un vaste public, car le cinéma était la caisse de résonance de ses idées politiques. Aussi, le visiteur explore les années de formation de l’artiste, à l’université de Bologne, où se juxtaposent des extraits de films et des œuvres qui l’ont inspiré. Ce sont surtout des tableaux et des fresques classiques qui animaient l’artiste engagé, à l’exception des œuvres de Francis Bacon citées et montrées dans le film Théorème (1968). 

Pasolini en clair-obscur dévoile donc une approche artistique totalisante, également doublée d’une profonde unité de l’œuvre. Pasolini fut l’auteur de poèmes, romans, essais, articles de presse et films où tout se répond et se complète. Intellectuel au regard sociologique sur son époque, il aborde notamment à l’écran l’avènement de la société consumériste, dont le constat est lucide mais douloureux. Il observe en profondeur les transformations de la société italienne de l’après-guerre. L’ensemble des références de Pasolini sont, sans surprise, mobilisées au profit d’un discours politique. Son œuvre a marqué la critique – puisqu’intimement liée à son engagement marxiste – et lui vaudra des procès en « obscénité ». Pourtant, avec 14 prix et 9 nominations à son arc, Pier Paolo Pasolini s’impose comme figure cinématographique incontournable du XXe siècle.

29 mars au 29 sep, Villa Sauber – Nouveau Musée National de Monaco.  Rens: nmnm.mc

photo: Pier Paolo Pasolini La Ricotta, 1963 Photogramme Courtesy of Compass Film