À Grasse, pour la beauté du geste

À Grasse, pour la beauté du geste

Tel est l’intitulé du temps fort consacré au sport par le Théâtre de Grasse. Au programme : une série de cinq spectacles qui s’attachent à la notion de corps, d’esthétisme, de dépassement de soi, de dramaturgie… 

Le sport est une source incroyable d’émotions – pour le meilleur et pour le pire… À l’image de la demi-finale de la Coupe du Monde 1982 que d’aucuns considèrent aujourd’hui encore comme l’un des plus grands matchs de l’histoire du football. La chaleur est étouffante ce 8 juillet à Séville. La rugueuse RFA est opposée à la France, celle de Platini, Trésor et Giresse, tous les trois buteurs ce soir-là. Un but partout à la fin du temps réglementaire, puis les Bleus marquent deux fois avant d’être rejoints à quelques minutes de la fin des prolongations. La séance de tirs au but est interminable, insoutenable, et lorsque Bossis manque son penalty, le joueur sent que le point de bascule a eu lieu… Une dramaturgie de tous les instants, marquée par « l’agression » – dans le jeu – du gardien allemand Schumacher sur Battiston, qui tombera dans le coma suite au choc, et par les commentaires du mythique duo Roland-Marqué : « Honte à vous M. Corver, honte à vous ! » 

Autant de moments restés gravés dans les mémoires de plusieurs générations d’amateurs de ballon rond… malgré la défaite. Pierre Rigal avait alors 9 ans, et sans doute a-t-il vécu son tout premier grand frisson sportif, tout comme des millions de téléspectateurs ce soir-là. Ce n’est pas un hasard si cet ancien champion de 400m haies, aujourd’hui chorégraphe, s’empare de ce match comme sujet de l’un de ses premiers spectacles, en 2006. Dans Arrêts de jeu, mis en scène par Aurélien Bory, quatre danseurs retracent les événements de cette rencontre et, en véritables acrobates, réalisent de faux zooms, des retours en arrière, des ralentis et des arrêts sur image. Démarche plastique, avant d’être documentaire, le spectacle s’intéresse essentiellement à l’esthétique du geste sportif, à l’engagement des acteurs sur le terrain, aux corps à corps, aux gestes techniques…

Présenté le 20 avril, Arrêts de jeu sera précédé le 18 avril par la projection de l’excellent documentaire C’est pas grave d’aimer le football, dans lequel les réalisateurs Hervé Mathoux et Laurent Kouchner sont allés à la rencontre d’intellectuels pour qu’ils évoquent leur complexe passion pour ces joutes des temps modernes. Un moment que Pierre Rigal a souhaité compléter par des ateliers de danse-foot à destination des jeunes du RC Grasse et des ateliers de danse dans les établissements scolaires de la ville.

Si Arrêts de jeu sera probablement l’acmé de ce temps fort La beauté du geste, trois autres spectacles utiliseront sport pour parler de notre humanité : Le Poids des médailles et Abdomen, spectacles-performances proposées par Clémentine Maubon et Bastien Lefèvre, Yé (L’eau !) par le Circus Baobab, et Les Liaisons dangereuses sur terrain multisports, adaptation singulière (et féministe) d’Édith Amsellem du chef-d’œuvre de Laclos où Merteuil et Valmont s’affronteront… dans un gymnase !

Le Poids des médailles + Abdomen, 4 avr, ECSVS, La Roquette-sur-Siagne • C’est pas grave d’aimer le football, 18 avr, Théâtre de Grasse • Arrêts de jeu, 20 avr, Théâtre de Grasse • Yé (L’eau !), 5 & 6 avr, Théâtre de Grasse • Les Liaisons dangereuses sur terrain multisports, 31 mai & 1er juin, Gymnase David Douillet, Peymeinade. Rens: theatredegrasse.com

photo: Arrêts de jeu © Pierre Grosbois