Une tragédie grecque… Sans dieux

Une tragédie grecque… Sans dieux

Le récit tant interprété de la tragédie grecque, Iphigénie, a rencontré Tiago Rodrigues, qui l’a réécrit. La metteuse en scène Anne Théron, qui dit de Rodrigues qu’il a la capacité de faire « entendre la chair des mots« , met le doute en mouvement, elle qui aime tant « la façon dont parlent les corps« . Une tragédie sans dieu(x), où notre soumission au pouvoir est questionnée, programmée à Anthéa.

Comme dans toute tragédie grecque, un rappel des filiations et épisodes précédents est bienvenu. Agamemnon, héros grec, est le chef des armées menant la guerre de Troie où il se dirige avec ses troupes naviguant à bord de mille bateaux. Il est à la recherche d’Hélène, épouse de son frère, enlevée par le prince de Troie. Mais alors qu’ils avancent vers les terres qu’ils convoitent – sauver Hélène, oui, piller les Troyens, aussi – le vent soudain ne souffle plus, les voiles s’immobilisent, l’attente et l’ennui s’installent. La tragédie de la guerre arrivera, mais il s’en joue une autre dans ce temps suspendu, décidée par Artémis dont Agamemnon a provoqué la colère. Une colère qui s’éteindra si Iphigénie, fille d’Agamemnon, meurt des mains de son propre père. Un sacrifice terrible. Et plutôt que de craindre la colère divine ou d’éviter le déshonneur qu’impose en chaque chose la toute-puissance de Zeus, voici que les figures/personnages de ce mythe réinterprété se questionnent, refusent, doutent. 

Les dieux sont écartés, les humains ne sont plus soumis qu’à eux-mêmes, libres. « D’une certaine façon, chacun cherche à comprendre son rôle« , commente Anne Théron dont la mise en scène souligne l’attente et le doute, dans une Mer Méditerranée au calme lacustre. Sans dieux, nous voici dans un « anti-mythe » où il est possible de refaire l’histoire. La refaire ou plutôt éviter qu’elle ne se répète, comme toutes ces tragédies, toutes ces guerres d’honneur qui traversent le temps et les civilisations, toujours. Et que rejettent deux femmes : Iphigénie et Clytemnestre. La première accepte sa propre mort et demande l’oubli, pour que cesse ce système de pouvoir meurtrier. La seconde, mère d’Iphigénie et épouse d’Agamemnon, refuse le mensonge et la soumission aux dieux et aux hommes, et prépare sa vengeance. Mais ça, c’est une autre histoire.

6 avr, Théâtre Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr

photo: Iphigénie, Festival d’Avignon 2022 © Christophe Raynaud de Lage