Anatomie d’une lutte

Anatomie d’une lutte

Besançon, 1973 : suite à un plan de licenciement au sein des usines Lip, fleuron de l’horlogerie française, débute l’une des grèves les plus emblématiques de la fin des Trente Glorieuses… Pour sa dernière création On fabrique, on vend, on se paye, la Cie du Bain Collectif s’attaque à ce mythe de la lutte ouvrière pour en relater les victoires, mais aussi les zones d’ombre.

Ce spectacle trouve son origine dans les recherches du Bain Collectif sur les mécanismes d’oppression et les rapports de pouvoir dans l’Histoire. Pour ce faire, l’équipe a accompli un véritable travail de documentation autour du sujet afin de rester au plus près des faits et éviter tous fantasmes d’une victoire absolue afin de pointer les ambivalences de la lutte. La création des personnages s’affranchit en revanche quelque peu de la réalité : certaines figures de la lutte sont réinventées, d’autres totalement sorties de l’imagination des comédiens.

Sur une mise en scène signée Anouk Darne-Tanguille, qui montre tour à tour les différents lieux clés de ce combat (usine, ateliers, bureaux), la pièce s’articule autour des trois temps forts d’assemblée générale où le public est lui-même plongé au cœur du débat, avec des personnages présents dans la salle, éclairée de néons qui restituent une ambiance industrielle rappelant une usine. Un processus immersif qui permet d’exprimer toute la force du collectif dans sa globalité ou dans les différents groupes qui la composent. En effet, la place des femmes dans la lutte fait partie des marqueurs temporels du spectacle : des balbutiements de leurs premières réunions en non-mixité à la parution d’une gazette Lip au féminin, le cas de ces dames dévoile bien les ambivalences et dissonances du combat, loin d’être égalitaire comme on pourrait le supposer.

Au-delà du récit d’un soulèvement, le but est de faire perdurer un héritage, de démontrer que la lutte collective est encore possible. Une pièce édifiante, instructive et pleine d’espoir.

17 mai, Espace Comedia, Toulon. Rens: espacecomedia.com

photo : On fabrique, on vend, on se paie © Célestin Jean-Charles