Drames à l’italienne

Drames à l’italienne

En ouverture du Festival d’été de Châteauvallon, l’Opéra de Toulon propose une nouvelle production du diptyque vériste Cavalleria rusticana et Pagliacci, respectivement signés Pietro Mascagni et Ruggero Leoncavallo, mis en scène pour l’occasion par l’Italienne Silvia Paoli. 

En 2022, pour ses débuts en France, la jeune Florentine présentait une Tosca inédite et irradiante qui avait impressionné le public varois, à Toulon. Elle revient avec les deux ouvrages pionniers du mouvement musical vériste, souvent présentés ensembles, Cavalleria Rusticana (Chevalerie paysanne) de Pietro Mascagni, et Pagliacci (Paillasse) de Ruggero Leoncavallo. Les fans d’opéra disent d’ailleurs Cav/Pag pour évoquer ce fameux « duo ». 

« Tant dans Cavalliera que dans Pagliacci, ce qui est vraiment important ce sont les yeux du spectateur, c’est la société, c’est le patriarcat où les femmes appartiennent aux hommes, le vrai sujet c’est l’humanité déshumanisée, c’est l’hypocrisie« . Avec Cav/Pag, Silvia Paoli plonge le public au cœur des émotions les plus âpres et archaïques, celles d’un code d’honneur infrangible dont la mort est, depuis la nuit des temps, la sanction pour qui ose l’enfreindre. « Malheureusement, dans le monde, il y a de moins en moins de culture et plus de divertissement. La culture est souvent perçue, de nos jours, comme quelque chose d’ennuyeux et même de dangereux, car elle pousse à réfléchir… Je suis contre le théâtre réconfortant, qui nous fait du bien, mais ne nous demande rien. Être scandalisé par une production actuelle ou différente est la même attitude qui a censuré La Traviata lorsque Verdi la voulait contemporaine. Le contemporain nous fait peur parce qu’il nous dépouille, il nous touche, mais l’objectif de l’opéra est justement cela, toucher le public. » 

Reposant sur un triangle amoureux, Cav/Pag sont tirés de faits divers qui basculent dans le drame où, jalousie, violence et vengeance se calquent selon la même symétrie pour former le triangle pulsionnel d’une tragédie inéluctable. Géométrie sacrificielle de la majorité des féminicides, hier comme aujourd’hui. Dans un décor d’Emanuele Sinisi, réduit à des gradins de béton délabrés envahis de mauvaise herbe que surplombe une haute croix, symbole de la fête de Pâques et de l’Assomption, Paoli transpose l’action dans notre société actuelle. « Une banlieue du sud de l’Italie où les places sont abandonnées à la dégradation et à la délinquance… Il suffit de mettre sur scène un fauteuil ou une télévision… Ce qui est important, c’est la relation entre les personnages« . 

L’italien Valerio Galli dirigera l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Toulon, ainsi que le Chœur de l’Opéra de Montpellier, pour dérouler ces drames à l’italienne, version 2024. 

29 juin au 2 juil, Châteauvallon, Ollioules. Rens: operadetoulon.fr – chateauvallon-liberte.fr

photo: Amphithéâtre de Châteauvallon © DR