28 Mai L’instantané des instants volés, au temps des années 1987 à 2000
Le doigt sur le déclencheur de son appareil photographique et en un dixième de seconde, l’instant se fige, saisie unique et rare de vie. Durant plusieurs décennies, l’air de ne pas y toucher, Jean Marc Pharisien a immortalisé un geste, un regard, une interrogation, un sourire, une exclamation. Aujourd’hui, il nous dévoile le long puzzle d’une partie de sa cueillette discrète, presque secrète. Un long panorama des acteurs de la scène artistique de Nice et de ses alentours, tous rôles confondus.
Je laisserai à d’autres, plus experts que moi, le soin de démontrer la qualité exceptionnelle de ses clichés. Comment peut-il en être autrement quand on a travaillé pour Helmut Newton et Alice Spring, sa femme. Pour ma part, je veux surtout ici souligner l’œil de Pharisien. Cet œil qui suit le parcourt d’une main, qui décrypte l’ambiance concentrée au-dessus d’un groupe consultant un livre, qui débusque des discutions supposées primordiales, qui mémorise une rencontre inopinée, surprend un profil intrigant, un regard en suspend ou le bonheur d’une retrouvaille, et son éclat de rire.
Un vrai diaporama file d’une planche à l’autre et le public n’en finit pas de le consulter. On se cherche, on se trouve ou pas dans ce monde passé, exposé là. On reconnait l’un, on se rappelle de l’autre, on n’a pas oublié le troisième. Car certes ils sont tous là. Les Politiques, de Médecin à Léotard. Les artistes reconnus, de Christo à Venet, à Jenkins, à Ben, à Gilli, à Arman. Les critiques patentés, de Restany à Pontus Hulten, à Lepage, à Giroud. Les responsables culturels, de Claude Fournet à J.L. Prat et C. Bernard. Les galeristes azuréens, de Sapone à De la salle. Les marchands parisiens et même étrangers, de Leo Castelli et Marisa del Re à Templon. Et puis les collectionneurs, les artistes en herbe, les prestataires, les jeunes, les moins jeunes, les femmes d’artistes, les performeurs, les graphistes, ceux qui nous ont quittés, une foule, une vraie page d’Histoire par le biais de la petite histoire de l’art en marge de celle des catalogues.
À l’époque, j’ai participé avec le journal Art Thèmes que je dirigeais, durant plusieurs années de suite, à la FiAC, à Paris, Jean Marc y était agréé au titre de photographe du journal. Il se baladait nonchalant, libre et imprévisible. Nous avons ensuite, au vu de ces clichés, publié un tiret à part de ces prises de vues, que Ben a agrémentées de bulles de son cru à la façon BD, une bonne preuve que les photos prises par Pharisien avaient beaucoup des choses à dire, et Ben ne s’en priva pas.
À la Galerie Espace à vendre, Jean Marc Pharisien a déployé seulement 400 prises de vue pour cette fresque. Ne nous y trompons pas, celles-ci n’ont rien de la rigueur d’un répertoire, ou de la systématique d’un inventaire. Elles comportent plutôt l’esprit d’un vrai compte- rendu subtil, écrit au bout d’un doigt qui cliquait dans cette époque passée où Nice en ébullition était focalisée sur la créativité et la Modernité.
4 mai au 15 juin, Espace à vendre, Nice. Rens: espace-avendre.com
photo : Olivier Antoine cevant un Tom Wesselmann, Galerie Canus, La Colle-sur-Loup, 1990 © Jean Marc Pharisien