Léger et les Nouveaux réalismes

Léger et les Nouveaux réalismes

Le Musée national Fernand Léger de Biot et le MAMAC de Nice, actuellement en travaux, se rapprochent pour présenter une exposition qui met en évidence, à travers près de 110 œuvres, la relation concrète existant entre le travail dynamique de Léger et les remuants acteurs du Nouveau Réalisme, représentés par une soixantaine d’œuvres choisies par le MAMAC.

À l’origine de ce groupe d’artistes fondé en octobre 1960 par la Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme, Pierre Restany critique d’art. Fin des années 50, l’abstraction occupe le terrain. De jeunes artistes émergents commencent à mettre les pieds dans le plat. Leur production fracassante secoue l’establishment. Mais, individuelle, son impact demeure restreint. Restany imagine alors de les faire tous se rencontrer. Bien que n’ayant que peu de choses en commun dans l’approche et la pratique de leur expression, ils se rejoignent autour d’une notion commune, « le recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire« , motivée par l’intuition d’un monde en profonde mutation. 

Avril 1960, Restany recourt pour la première fois au terme Nouveau Réalisme dans le Premier Manifeste des nouveaux réalistes. Se réclamant d’une « singularité collective« , les artistes comprennent qu’ils doivent se regrouper, provisoirement, dans une démarche collective. De 1960 à 1963, la période sera brève mais intense pour ces fortes têtes farouchement anticonformistes et contestataires : Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Yves Klein, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Jacques Villeglé. Que rejoindront César, Mimmo Rotella, puis Nikki de Saint Phalle, Gérard Deschamps et Christo. « Le Nouveau Réalisme est le mouvement le plus court de l’histoire de l’art : vingt minutes après sa fondation, tout le monde s’engueulait« , avait relevé Arman. À la même époque, outre-Atlantique, toute une génération d’artistes hausse aussi le ton à travers les travaux de May Wilson, Mary Callery, Roy Lichtenstein, Larry Rivers, Robert Indiana, et deux décennies plus tard, Keith Haring. Là encore, l’empreinte artistique laissée par Fernand Léger sur les artistes du Pop Art aux États-Unis y est patente.

Cinq salles distribuent le parcours de l’exposition à travers les thématiques suivantes : Les cinq éléments / La vie des objets / L’art, c’est la vie / Le beau est partout / Jeu de formes et de couleurs, Fernand Léger et Albert Chubac, pour éclairer les visiteurs et justifier le rapprochement des œuvres de ces artistes avec celles de Léger. Toutes reflètent une vision revigorée de la création où l’objet se démultiplie et devient, comme l’avait noté en 1945 Fernand Léger, « le personnage principal et détrône le sujet« .  Une présence toujours plus invasive dans notre quotidien saturé par « le bel objet« , « les devantures« , dixit Léger, et les supermarchés. Qu’il s’agisse d’objets manufacturés, de déchets, ou de récup’, ils les transforment en œuvres d’art, tels Spoerri ou Dufrêne qui assemblent, collent et accumulent les objets les plus prosaïques. Voici qu’ils se transforment en œuvres d’art en pointant les dysfonctionnements et les ravages d’une société de surconsommation en roue libre. 

Iconoclastes, provocateurs et subversifs, les Nouveaux réalistes ont ouvert une large brèche dans la forteresse de l’art traditionnel en imposant les objets, les gens, la vie de tous les jours, en faisant, aussi joyeusement que Fernand l’avait fait avant eux, « entrer la couleur, nécessité vitale comme l’eau et le feu… » (F. Léger, 1924). Ce que Yves Klein traduira par l’emploi de la couleur pure. Et dans l’œil du visiteur, tout devient limpide, face à La Danseuse bleue (1930) de Fernand Léger et La Vénus bleue (vers 1962) d’Yves Klein, ensemble juxtaposées. 

Jusqu’au 18 nov, Musée national Fernand Léger, Biot. Rens: musees-nationaux-alpesmaritimes.fr

photo : Fernand Léger Les Quatre cyclistes 1943-1948. Huile sur toile – 130,2 x 162,2 cm Musée national Fernand Léger, Biot © GrandPalaisRmn / Gérard Blot © Adagp, Paris, 2024