Chaque jour est éternel

Chaque jour est éternel

Voilà sous quel énoncé l’artiste Awena Cozannet a réuni trois des sculptures à taille humaine, au cœur de la chapelle du Musée national Pablo Picasso de Vallauris.

Depuis quelques mois, les incessantes chamailleries à l’Assemblée nationale puis les élections ont eu pour effet d’éclipser un constat pourtant dramatique : le climat continue de se réchauffer, et à terme les vagues migratoires, contre lesquelles la majorité des partis politiques de droite tente de lutter aujourd’hui, seront encore plus importantes. Ne se trompent-ils pas de combat ? Question purement rhétorique… Vous connaissez notre position à La Strada. Un ancrage humaniste dans lequel se retrouve Awena Cozannet, qui présente son travail dans la chapelle du Musée national Pablo Picasso de Vallauris. L’artiste française succède à Violaine Lochu, Mounira Al Solh, ou encore Myriam Mihindou dans cet espace qui accueille des expositions pensées pour entrer en résonance avec le chef-d’œuvre de Picasso La Guerre et la Paix, avec des propositions contemporaines autour du thème de l’engagement.

Sculptrice s’exprimant aussi par la photographie, l’installation ou le dessin, Awena Cozannet invite à une réflexion sur les notions de déplacement, de perspectives et de projets communs. À l’heure où le repli sur soi et le rejet de l’autre gagnent du terrain en France, et plus globalement sur la planète, elle a choisi « d’interroger la relation de l’homme au monde« , indique-t-elle. « Mes sculptures présentent une lecture critique, abstraite, distanciée, symbolique de notre monde en transformation. » Au centre de sa réflexion, le corps tient une place centrale. Voilà pourquoi ses grandes sculptures semblent animées d’un souffle de vie. Parmi les trois œuvres présentées à Vallauris, réalisées à partir de chutes de production, de recyclage de cordes de montagne, de sangles de portage ou d’éléments manufacturés cousus à la main et à la machine : L’Homme qui marche, dont le haut du corps se confond avec les sacs et bagages jaunes qu’il transporte. « C’est une pièce qui vient après un ensemble de sculpture où je me suis interrogée sur les guerres et leurs migrations, sur le déplacement. Puis les questions se sont retournées, et on est entré dans l’intime. (…) Elle pose littéralement la question de se tenir prêt à partir. Mais qu’est-ce qu’on emporte ?« , explique l’artiste. « Il y a aussi différentes inspirations comme la figure du colporteur. Le colporteur c’est l’homme qui, par sa force motrice, va diffuser des idées. C’est aussi une figure qui revient sur ses terres avec une richesse dont il fait bénéficier son pays. (…) Il ne s’agit pas seulement de prendre le sujet par le prisme du drame ou de la crise. La sculpture pose la question du chemin qu’on a à faire. Qu’est-ce qu’on fait de ce trajet ? Qu’est-ce qu’on fait de notre vie ? » Plus globalement, quel héritage laisse-t-on ?

Awena Cozannet a par ailleurs créé spécialement pour l’exposition deux autres « personnages », aux dimensions tout aussi performatives, inspirées par la Méditerranée comme espace frontière et lieu de passage : Colporteur d’une aube à l’autre, autour des questions des liens, de l’absence et de la mémoire, et La Marée, un corps qui ploie… mais résiste. Et pour compléter le propos, le Musée Magnelli, musée de la céramique – où l’artiste a effectué une résidence de création – accueille une série de photographies, créées en collaboration avec les élèves de l’école de danse de Vallauris, qui documentent le processus d’activation de ses sculptures par les corps vivants qui entrent en dialogue avec elles.

Jusqu’au 30 sep, Musée national Pablo Picasso, Vallauris. Rens: musees-nationaux-alpesmaritimes.fr

photo : Awena Cozannet, Colporteur d’une aube à l’autre, 2024. Photographie réalisée dans le cadre de la résidence « Colporteur de l’aube » au musée national Pablo Picasso, La Guerre et la Paix, Vallauris, 2024. Collection de l’artiste © Awena Cozannet © ADAGP, Paris, 2024