La grandeur des petites choses

La grandeur des petites choses

Et si la vie était en soi une œuvre d’art dans ses éclairs quand rêves et réalité se confondent au cours de ses accidents ou de ses miracles et, partout, toujours, avec la beauté au bord du chemin ? C’est à ce voyage que nous convie Florence Obrecht à Cannes. 

L’Odyssée qu’elle présente au Suquet des Artistes ne se contente pas de rassembler des images, mais s’empare de fragments de vie glanés au fil des jours, quand l’univers se concentre, pour l’artiste, dans son atelier qui se confond alors avec une fenêtre ouverte sur le monde.

Ainsi l’exposition ne se réduit-elle pas à un accrochage de peintures, mais se présente comme un cabinet de curiosité où les objets du peintre, sa palette, ses tableaux, leur matière colorée, coïncident avec le quotidien de la famille, des amis et des choses. Ici la splendeur des toiles résonne dans le vertige de la banalité des jours quand la peintre dépose une étoffe, une valise, des étendards ou de simples boites comme des reliques et des traces pour dire que la peinture est aussi une mémoire qui se dépose quand elle écrit le monde.

Florence Obrecht nous entraîne alors au gré des cimaises et des assemblages dans son Odyssée, un voyage où le mythe se réalise par la fusion de l’intime et de l’universel. Elle nous conduit entre Charybde et Scylla sur les chapitres d’une existence, ici ou là, à travers des visions d’Orient, d’Arménie, d’Amérique, d’ailleurs… ou de Berlin, où elle vit. Elle glane des objets improbables, les détourne et leur accorde une parole dans un effet de confidence. Autant d’images qui se diffusent en bouquets de couleurs quand elles nous disent que nous sommes tour à tour sujets du hasard ou héros à l’ombre de nos rêves ou de nos exils. C’est cela que nous raconte l’artiste en nous donnant une magistrale leçon de peinture : celle-ci n’est pas seulement un reflet du monde, elle est une histoire de cette volonté à inscrire l’espace et le temps dans un langage universel.

Ici les cultures se croisent et se confondent dans une même spiritualité, se heurtent à l’histoire de l’art quand un signe renvoie à Matisse, qu’un visage est peint comme un Picasso, ou que des figures semblent empruntées à l’imaginaire surréaliste quand tout est cependant réalisé dans une perfection proche de l’hyperréalisme. Autant de paradoxes qui rendent cette peinture si troublante par ce grand écart qui se positionne entre le souffle épique et l’humble geste du quotidien. La couleur est exacerbée, les formes se figent dans un improbable horizon, les visages s’immortalisent dans leur maquillage… Chaque tableau parle ainsi d’une attente, d’une espérance qui traverse les jours ou les siècles pour se transformer en un bel hommage à la grandeur des petites choses.

Jusqu’au 16 fév 2025, Le Suquet des Artistes, Cannes. Rens: cannes.com

photo : Portrait de Florence Obrecht, Octobre 2021 © DR