30 Oct Sous le ciel de Chagall
Entre terre et ciel, l’univers de Marc Chagall s’épanouit dans les tourbillons d’une danse où les amours, les prophètes et les hommes s’entremêlent au cœur des promesses ou des déchirures. À ce ciel constellé de lunes et de visages, aux couleurs d’or ou de sang pour célébrer l’élévation et la vie, répond aujourd’hui un autre monde, celui de Jérémy Griffaud.
Avec l’exposition Sous le ciel, le jeune artiste nous plonge dans les entrailles acidulées d’un univers virtuel, d’un paradis perdu ou peut-être d’une nouvelle promesse qu’il nous reviendrait d’entendre et d’accomplir. La vie, le vivant, tels sont les enjeux d’une peinture et d’un environnement poétique qui ferment les rideaux de l’apparence d’un monde ancien comme des paupières s’ouvriraient alors, hallucinées, sur nos existences desquelles nous nous effaçons sous l’effet des technologies.
Comme si la poésie de Chagall avait atteint son intensité ultime, un autre monde alors se façonne. Celui du jour où les anges ont disparu. Puis celui où les hommes se sont éteints. Ne reste après le feu du soleil qu’un air moite, un ciel vide qui colle à la terre quand des papillons rament de leurs ailes dans une eau visqueuse. Des lianes coulissent entre les nuages, des fleurs artificielles se meuvent parmi des créatures hybrides… Tel est ce paradis qui nous aspire ou nous menace, et que l’artiste façonne aussi bien par des aquarelles imbibées d’une encre trouble que par un environnement immersif qui nous saisit dans d’enivrantes contorsions colorées pour traduire une nature sans âme.
À l’aide d’un ordinateur, Jérémy Griffaud numérise ses images. Et la musique qui les accompagne nous conduit dans ce monde de l’anthropocène, de la fantaisie, du merveilleux et des mutants. Entre jardin des délices et jardin des supplices, par des effets hypnotiques et un jeu psychédélique, l’artiste nous entraîne dans les sillages de l’art fantastique ou d’un Jérôme Bosch mais, cette fois, pour des œuvres amputées de toute humanité et de toute morale. Il nous installe alors dans ce face à face saisissant entre nous, humains, et cette nature dénaturée, et peut-être, ce ciel de paradis perdu. L’ordinateur, l’intelligence artificielle, seront-ils cette baguette magique pour réenchanter le monde et croire en un nouvel Eden ? De ces traces humaines immergées dans les débris de la botanique, dans les souvenirs des chants d’oiseaux et dans une lumière morte ne subsiste peut-être que le soupçon d’une beauté à venir. Et qui a dit que seule la beauté sauvera le monde ?
Sorti du Pavillon Bosio à Monaco en 2017 et Résident de la Villa Médicis en 2023, Jérémy Griffaud confirme ici qu’il est l’un des artistes les plus prometteurs de cette décennie. Dans le cadre du festival OVNi en novembre, il sera présent pour une vidéo dans une chambre de l’Hôtel Windsor à Nice ainsi que pour une installation immersive, The Garden dans la Grotte du Lazaret où le visiteur devient en quelque sorte performeur à l’aide d’un casque de réalité virtuelle.
LES MUSEES NATIONAUX FONT LE BUZZ
Anne Dopffer, Conservatrice générale du Patrimoine et directrice des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes, et avec ses équipes, ont levé le voile sur la saison 2024-2025.
Quelques mots d’abord sur la saison écoulée, marquée par de belles fréquentations des Musées nationaux des Alpes Maritimes. Certaines expositions se poursuivent encore, comme Léger et les Nouveaux Réalismes. Les collections du MAMAC à Biot, qui se terminera le 18 novembre, ou celle du célèbre Transport des Forces, visible jusqu’à fin 2025 avant de repartir au Centre national des arts plastiques de Paris. La programmation culturelle a aussi recélé des moments forts, en cette année olympique, avec notamment le récent colloque pluridisciplinaire, MOVE LÉGER, consacré à Fernand Léger et les représentations du corps et mouvement dans son œuvre, prochainement mis en ligne sur le site du musée.
2025 coïncide avec les 70 ans de la mort de Fernand Léger en 1955. Pour commémorer cette date, le Musée national Fernand Léger proposera tout au long de l’année des événements représentatifs de l’esprit de partage et du foisonnement créatif de Léger. Parmi eux, la création d’un spectacle-exposition de marionnettes et théâtre d’objets par la Cie Atelier des Songes à l’automne 2025. Quant au programme d’expositions, cet hiver verra l’arrivée d’un nouveau parcours des collections autour de la couleur, élément « aussi essentiel que le feu et l’eau » pour le maître français. Au printemps, les espaces d’exposition du site biotois accueilleront La Tête dans le décor, une spectaculaire installation mêlant peinture, textile et monument alité, réalisée par l’artiste Karina Bisch.
Du côté du Musée national Marc Chagall, l’exposition Sous le ciel de Jérémy Griffaud, débutée en octobre, reste visible jusqu’au 20 janvier (voir article ci-contre), avant de céder la place à Chagall et la mosaïque, à l’été 2025. S’inscrivant dans le cycle consacré aux différentes techniques pratiquées par le peintre, celle-ci est coproduite par le GrandPalaisRmn et sera accompagnée d’un catalogue scientifique richement illustré. Puis, du 14 juin au 22 novembre, Chagall sera mis à l’honneur avec Marc Chagall, les années vençoises, grâce à un partenariat exceptionnel avec la Fondation Émile Hughes à Vence, ville où il vécut de 1950 à 1966.
Le musée national Pablo Picasso – La Guerre et la Paix proposera pour sa part, du 21 juin au 13 octobre 2025, une exposition de Pascale Marthine Tayou conçue en dialogue avec la chapelle Picasso. Un nouveau dispositif de médiation permettra aussi de découvrir autrement le manifeste pour la Paix du maître espagnol.
Enfin, au cœur de cette saison artistique, seront célébrées la musique, lors de concerts de musique de chambre en partenariat avec l’Opéra de Nice, mais aussi la danse, le cirque, ou encore l’histoire de l’art, au travers de conférences…
Jérémy Griffaud, jusqu’au 21 jan 2025, Musée National Marc Chagall, Nice. Rens: musees-nationaux-alpesmaritimes.fr
photo : Mangrove, Aquarelle sur Papier, Jeremy Griffaud, Adagap Paris 2024