Brûle le sang : Violent, tragique, implacable

Brûle le sang : Violent, tragique, implacable

Depuis le 22 janvier, le public peut découvrir dans les salles Brûle le sang, premier long métrage d’Akaki Popkhadze. La réussite de ce jeune réalisateur géorgien, arrivé en France il y a 20 ans, est exemplaire.

Dans les quartiers populaires de Nice, un pilier de la communauté géorgienne locale se fait assassiner. Son fils Tristan, qui aspire à devenir prêtre orthodoxe, se retrouve seul avec sa mère en deuil. C’est alors que réapparaît Gabriel, le grand frère au passé sulfureux, qui revient d’un long exil dans le but de se racheter en lavant l’honneur de sa famille… Voilà le pitch de ce long métrage tourné essentiellement à Nice, qui s’inscrit dans un parcours particulièrement riche : celui d’une intégration parfois difficile, dont le film se nourrit, et qui permet à Akaki Popkhadze d’exprimer ce qui lui tient à cœur. Comme son attirance pour le polar, genre à travers lequel il peut explorer la noirceur humaine et ses tréfonds d’une impitoyable violence physique et psychologique, autant que sociale. Ces zones d’ombre contrastent d’autant plus avec l’omniprésence de l’éclatante lumière méditerranéenne et illustrent son attachement à Nice, où il a grandi et dont il utilise à merveille le caractère cinégénique, ainsi que la diversité des lieux, des langages et des origines. Le film met également en avant, chez Popkhadze, une prédilection pour des thèmes auxquels il est particulièrement attaché : la religion, la famille, la violence, chacun étant incarné par un personnage.

Loin d’affaiblir l’intrigue, ses partis pris radicaux de mise en scène (caméra flottante, focale très courte, plan séquence), que l’on retrouvait déjà dans ses précédents courts métrages, confèrent au film une dimension presque mystique. Ils sont surtout mis au service d‘une intention très claire : la dénonciation du cercle infernal de la violence incarnée par les personnages masculins et dans lequel seul celui de la mère n’est pas tenté de sombrer. 

Cette très belle promesse que constitue Brûle le sang illustre aussi le dynamisme de l’industrie cinématographique sur la Côte d’Azur. Produit par la société Adastra Films, implantée à Cannes, il s’appuie sur une équipe composée en quasi-totalité de techniciens locaux, dont de très nombreux anciens élèves de l’ESRA Côte d’Azur (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) où le cinéaste a fait son apprentissage : le producteur associé Louis Omerin, le directeur de la photographie Justin Vaudaux, les assistants-réalisateurs Vianney Etossé et Lucas Di Nuzzo, les assistants opérateurs Vincent Gastinel et Sébastien Guerrieri, le chef machiniste Quentin Boschini… Tourné en 30 jours, un défi compte tenu du nombre de décors, la réussite de ce film est donc également celle d’un groupe soudé et expérimenté auquel le réalisateur a su communiquer sa vision et son exceptionnelle détermination.

Brûle le sang d’Akaki Popkhadze, sorti le 22 janvier

photo : Brûle le sang © Adastra Films