Être ou ne pas être un monstre

Être ou ne pas être un monstre

Après Macbeth de Shakespeare, Macbett de Ionesco, voici Makbeth par le Munstrum Théâtre, spécialiste des mondes « d’après » et des métamorphoses, présenté en coproduction avec la scène nationale Châteauvallon-Liberté. Première le 26 février prochain, à l’issue d’une résidence, dans le cadre du Théma #48 Rien que des mots.

On le sait, Shakespeare serait l’auteur le plus joué au monde. Notamment via sa pièce Macbeth, magnifiant un couple infernal et meurtrier, la magnétique Lady Macbeth et son époux. Depuis une dizaine d’années, le Munstrum Théâtre s’attaque à certains classiques pour mieux les réinventer. Aujourd’hui, il s’inspire du célébrissime dramaturge anglais pour mettre en scène des personnages monstrueux au service d’une intrigue des plus noires. Cette œuvre est en effet l’une des pièces les plus sombres et les plus courtes du répertoire shakespearien. Mais avec ce Makbeth, elle devient un spectacle de 2h30, oscillant entre fantastique, horrifique et comique.

« Makbeth est une nouvelle étape artistique et humaine dans l’évolution du Munstrum, indique Louis Arene, l’un des deux co-fondateurs de la compagnie, metteur en scène et acteur. Après avoir monté Le Mariage Forcé de Molière en 2022 à la Comédie-Française, je poursuis l’exploration du répertoire classique tout en continuant de creuser les obsessions chères à la compagnie. Les monstres, la métamorphose, les mondes qui s’effondrent et ceux qui naissent… autant de portes d’entrée qui trouvent une résonance certaine dans le théâtre shakespearien. »

Formés au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, Louis Arene et Lionel Lingelser ont créé leur compagnie en 2012. Ces spécialistes « des mondes « d’après », après la catastrophe, le point de non-retour« , tendent un miroir à nos drames et conflits actuels. Et justement, « par un effet de miroir déformant, le monstre sur la scène devient le monstre en nous. » Alors, noir c’est noir ? Comme le complètent les deux fondateurs, « dans une transe joyeuse et dévastatrice est célébré un théâtre de la catastrophe et de la cruauté certes, mais un théâtre du rire et de la surprise avant tout. »

Le cas du K

Le travail des comédiens permet cette palette complète de sentiments mais également le travail sur les costumes, les masques et autres effets spéciaux, afin de créer « un spectacle total (…) une expérience brute et sensuelle« , selon Louis Arene. Ce souci du saisissement et de la recomposition se traduit d’ailleurs par la modification du graphisme et son « k » tranchant venant supplanter la rotondité du « c » habituel de Macbeth. Car le propos n’est pas de s’affranchir du classique, mais bien de le métamorphoser afin d’en montrer l’évidente et bouleversante modernité. « Nous montons Makbeth car nous croyons en la puissance de délivrance du Théâtre« , dixit les fondateurs. On ne saurait les démentir.

26 au 28 fév, Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : Makbeth © Bart Hess, Liquified