10 Fév Un chant du cygne à Toulon ?
Très beau concert des musiciens de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra, le 30 janvier dernier au Palais Neptune à Toulon. Une soirée durant laquelle le Chœur de l’Opéra a peut-être offert son chant du cygne…
Ce n’était pas prévu et le public massé sur les travées du Neptune en bénéficia et l’applaudit chaleureusement : le Chœur de l’Opéra, licencié, inattendu, et présent en début de concert. Plus de vingt choristes s’alignèrent au bas de la scène, face au public, n’ayant pas été autorisés à monter sur scène – pas plus que Christophe Bernollin, leur chef de chœur –, et firent entendre leur cri de détresse dans Va pensiero, chœur des esclaves de Nabucco de Giuseppe Verdi. Leurs voix sûres et profondes accompagnées d’un orchestre ému, touché par la suppression des voix au sein de leur Opéra.
L’Empire des lumières, entre deux Mozart, lumière des lumières…
L’orchestre offrit alors l’ouverture de Don Giovanni de Mozart, par les musiciens seuls et très nombreux sur scène. Puis une création mondiale, en première à Toulon : L’Empire des Lumières, concerto pour piano, tuba et orchestre de Raphaël Lucas. Très applaudis furent les musiciens, la pianiste Olga Jegunova et le célèbre tuba Thomas Leleu, même si cette création ne fit pas l’unanimité. Certains puristes classiques n’apprécièrent pas, mais l’ensemble du public ovationna ce style de musique psychédélique, interstellaire, venue d’un monde nouveau qui surprit, séduisit certains mélomanes regrettant même qu’elle eût une fin ! Son titre n’est pas étranger à L’Empire des Lumières, tableau de Magritte où, sous un ciel nuageux, apparait une maison que dans l’obscurité éclaire simplement un lampadaire… Dérision du titre… Mais sans cette lumière ténue règnerait la sombritude !
Raphaël Merlin, violoncelliste du Quatuor Ébène, à la direction
Cette création mondiale est une commande de Jérôme Brunetière, directeur de l’Opéra de Toulon, au compositeur Raphaël Lucas. Formé à Mannhatan School of Music et à l’Université de New York, ce dernier fut en résidence à l’Abbaye de Sylvanès, dans l’Aveyron dont il est originaire, et qui n’en est pas à sa première œuvre ! Il avait créé Ressusciter la rose, en septembre 2023, en hommage à Marie-Laure et Charles de Noailles, à l’occasion du centenaire de la Villa de Noailles à Hyères. Le maestro, violoncelliste du Quatuor Ébène, qui a plusieurs cordes à son Art, a magnifiquement dirigé l’Orchestre Symphonique de l’Opéra, et surmontant une ambiance pesante, fut excellent.
On apprit plus tard que, touchée par la détresse des choristes, Josée Massi, maire de Toulon, avait décidé d’un soutien par une subvention. Geste généreux, mais parviendra-t-il à stopper le couperet ?
Photo: les musiciens, le chef et les solistes © Claudie Kibler Andreotti