Blanca Li, version baroque

Blanca Li, version baroque

Blanca Li, la plus française des chorégraphes espagnoles, s’empare d’un chef-d’œuvre de l’opéra baroque : Didon et Enée du compositeur et musicien anglais Henry Purcell. L’occasion de découvrir, à travers ce ballet illustré par une bande-son des Arts florissants dirigé par William Christie, une artiste inclassable, à la carrière bariolée, rythmée aussi bien par le hip-hop que par le flamenco, par le contemporain que par le baroque.

Chacune des créations de Bianca Li surprend et séduit. Elle invente, crée des univers. Elle a chorégraphié et mis en scène des ballets, des opéras et des comédies musicales, réalisé trois longs métrages et collaboré avec de grands noms du cinéma, de la musique et de la mode (Pedro Almodovar, Daft Punk, Paul McCartney, Beyoncé, Jean-Paul Gaultier, Chanel…). « J’ai construit ma vie artistique ainsi, en mixant les univers, en mélangeant la danse avec la musique, la mode, les arts plastiques, le cinéma. Je me sens avant tout artiste et pas uniquement danseuse ou chorégraphe« , explique-t-elle. 

Son tropisme pour le métissage des genres et des cultures lui vient de ses 5 années new-yorkaises où, de 17 à 22 ans, elle apprend la danse auprès de Martha Graham, grande prêtresse de la danse moderne, assiste à la naissance du hip hop, découvre le jazz, la salsa, la musique africaine, le théâtre, le cinéma, le graffiti, crée un groupe de flamenco rap… Et y rencontre l’homme de sa vie, un Français. 1993 : installation en France, débuts difficiles. On ne comprend pas son travail bigarré. Puis le déclic se produit, par le cabaret. S’ensuivent de nombreuses créations couronnées de succès, parfois pas. Le lot de tous ceux qui osent.

La genèse du projet Didon et Enée, c’est à l’américain William Christie, claveciniste et chef d’orchestre, pionnier de la redécouverte de la musique baroque, qu’elle le doit. Il demande à Blanca Li de mettre en scène pour lui cet opéra de Purcell, avec l’ensemble Les Arts Florissants qu’il dirige. « C’est une musique incroyable où chaque bout a une intensité dramatique rare pour un opéra, confie-t-elle. Dans la mise en scène et le travail que j’ai créé, il y a aussi cette idée d’intemporalité pour donner à l’œuvre un contexte plus contemporain« . 

Le spectacle, présenté ici sous sa forme de ballet, reprend le passage le plus émouvant de L’Énéide de Virgile. De l’amour malheureux entre Didon, reine de Carthage et Énée, futur fondateur de Rome, alimenté par la renommée qui communique immédiatement au peuple et aux dieux la nouvelle de leurs amours impossibles – comme aujourd’hui les réseaux sociaux propagent aveuglément la moindre rumeur –, Blanca Li crée une fable visuelle. Elle sort du contexte narratif et nous offre, par sa danse, des émotions universelles qui expriment la puissance des sentiments face au destin.

23 mars, Grand Auditorium – Palais des Festivals, Cannes. Rens: palaisdesfestivals.com

photo : Didon et Énée © Laurent Philippe