Décloisonner les sens

Décloisonner les sens


Fruit d’une collaboration entre le duo d’artistes Lamarche-Ovize et le chef étoilé Mauro Colagreco, l’exposition 364 saisons présentée à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux est à savourer jusqu’au 2 novembre prochain.

Quand tout n’est que mouvement, chaque jour est une saison. Et le jardin devient cet espace où se transforment, éclosent ou périssent fleurs ou papillons dans Le chant du monde. C’est d’ailleurs à cette tapisserie de Lurçat que rend hommage le duo d’artistes Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize dans une vaste fresque où les constellations jouent avec les poissons, les feuillages ou les oiseaux entre soleil et lune. La peinture s’associe à la laine, l’art se dissout dans le vertige de l’univers. La vie dans tous ses états se déploie pourtant dans une œuvre issue de son propre contexte: en effet, il s’agit ici, entre art et artisanat, de la résidence qui permit aux artistes de créer leurs œuvres dans l’environnement du restaurant Mirazur et de ses jardins à Menton. Là, dans cette parfaite synesthésie du goût, des parfums et de la délicatesse du regard, une parfaite alchimie s’opère entre le travail des hommes, la nature et la culture si bien que l’exposition traduit aussi la production des artistes comme le double d’un carnet de notes des jardiniers et des cuisiniers.

Dans ce foisonnement, les vastes dessins du duo vibrent de leurs couleurs folles comme échappant au réel pour ranimer la sève d’un enchantement poétique. Les feuillages s’enlacent à leurs racines dans d’inextricables réseaux végétaux, le dessin répond à des sculptures lumineuses ou à celles des oyas, ces poteries semi-enterrées pour réceptionner l’eau de pluie afin de la diffuser dans le sol pour irriguer les citronniers. À partir de signes empruntés au règne végétal et animal, Lamarche-Ovize tisse un fascinant labyrinthe pour une Alice au pays des merveilles qui rencontrerait le quotidien des hommes dans le cycle des jours.

C’est le chef étoilé du Mirazur, Mauro Colagreco, qui a soufflé aux artistes ce titre des 364 saisons comme pour affirmer que tout se transforme et que l’herbe la plus humble est unique en son miracle. Aussi faut-il la célébrer, la développer dans le rêve d’un dessin ou l’inscrire dans les vapeurs d’un parfum qui, ici, s’élabore au détour de quelques œuvres sous les auspices de Alain Joncheray et de la société Art&Parfum. C’est donc un voyage expérimental entre jeux visuels et sonores auquel nous sommes conviés, un jeu de piste pour l’émotion qui décloisonne les sens comme il dissout les frontières entre le réel et l’imaginaire. Chaque œuvre porte son univers exubérant qui se façonne en une multitude d’entrelacs entre la vie cellulaire et l’infini. La couleur, exacerbée, fuse par jets ou se répand, terrassée, dans des effluves de terre ou d’agrumes. Les lithographies diffusent les ondoiements de ces mondes incertains quand leur répondent des céramiques comme des instants de vie figée dans l’attente d’une autre mutation. Plus que jamais, l’art et la vie coïncident dans cette joyeuse incursion dans un monde où l’on comprend que les vers de terre tombent amoureux des étoiles.

Jusqu’au 2 nov, Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux. Rens: espacedelartconcret.fr

photo : Lamarche & Ovizen Le champignon de la fin du monde, Mirazur, 2023 – Techniques mixtes sur papier – Ensemble de 7 cadres – 160x210cm © Crédit photo droits réservés © Adagp, Paris 2025